Date du jour :28/05/2022

Les kalinagos à Sainte Marie

Les recherches archéologiques aux Petites Antilles mentionnent la présence des Kalinagos du Ier au XVème siècle.

Le nom Kalinagos désigne les habitants des Petites Antilles avant l’arrivée des colons européens.

A partir de l’étude des poteries, les chercheurs ont établi un classement archéologique en quatre groupes :

– Le Saladoïde ancien (- 500 à 350 Ap JC)

– Le Saladoïde modifié (350 à 650)

– Le Troumassoïde (750 à 1050)

– Le Suazoïde (1051 à 1400)

La région du Nord Est de la Martinique semble être la plus anciennement occupée de la Martinique. On note la présence d’Amérindiens dès le Ier siècle.

De nombreux sites ont été découverts à Sainte Marie par des chercheurs comme le père Labat dès le début du XVIIIème siècle.

Il a découvert sur l’îlet Sainte Marie des objets de l’époque kalinagos.

Vers les années 1935, des ouvriers qui creusaient une tranchée de chemin de fer découvrirent une tête de crapaud en terre cuite qu’ils vendirent à Mgr bataille, curé de Sainte Marie, qui l’offrit au musée de Fort de France.

                           Mgr Louis bataille , un curé passionné de civilisation amérindienne

Mgr Bataille était un passionné de civilisation amérindienne et a entrepris lui même des fouilles. Il trouva d’ailleurs de nombreux vestiges dont un buste anthropomorphe et des pierres à trois pointes.

Plus tard en 1938, deux campagnes de fouilles furent organisées par le révérend père Delawarde et Eugène Revert sur le site de Lassalle. Entre 1939 et 1940, Eugène Revert continuait seul et travaillait au profit du musée de L’Homme. Il reçut le soutien de Mr Lafosse, le propriétaire de l’habitation Lassalle. La campagne de fouilles fut interrompue par la guerre. Vingt caisses de poteries et outils furent collectées. Pour Eugène Revert, il existait à Sainte Marie, un centre de culture amérindienne important,  qui était composé de plusieurs milliers d’individus. Il pense qu’il existait des ateliers de potiers spécialisés. Une question se pose sur l’existence, au milieu du gisement Lassalle, « d’une dépression quasi circulaire de 25 à 40 mètres de diamètre ». S’agirait-il de la place centrale d’un village ou simplement d’un moulin à bête

                                 Eugène Revert découvre des objets sur la plage de Sainte Marie

Après la guerre, la campagne de fouilles a repris. Elle était dirigée par le docteur Rose Rosette. Il découvrit un fragment de hache et quelques tessons. Il avait percé deux tranchées perpendiculaires poussées jusqu’au sol vierge. On fouilla jusqu’à une profondeur maximale de un mètre cinquante. Plus de 5 kg de tessons et outils de pierre furent récoltées. Il a trouvé des galets, des pilons, des meules.

Le gisement de l’habitation Lassalle s’étendait sur une superficie d’une  vingtaine d’hectares.

Plus tard , le père Pinchon entreprend des fouilles sur l’important site de Lassalle. Il mit à jour un vase à bord légèrement épaissi, sans oreilles ni décor  en relief,  orné de peinture rouge et blanc avec des dessins complexes. On trouva une figurine de terre cuite au caractère très américain (yeux bridées, pommettes larges, nez aquilin, front presque inapparent).  Cette pièce est exposée au musée du Trocadéro. Le site de Lassalle est considéré par le père Pinchon comme la capitale des Arawaks à la Martinique.

Le  site de Lassalle est très étendu et laisse penser qu’il existait des villages ou vivaient plusieurs familles. Il aurait été peuplé dès 180 après JC.

Jacques Petit Jean Roger a effectué aussi quelques fouilles dans la région.

Des objets de l’époque amérindienne ont aussi été mis à jour sur la plage de Sainte Marie (tessons, meules, pilons).

Fouilles fructueuses également à l’Anse Azérot, Petite Rivière Salée , Anse Madame, Pain De Sucre,…

Entre Marigot et Trinité, des marmites (6 à 8 litres de capacité), des vases ovales (4 à 5 litres), des plaques à cassaves, des jarres à alcool et des bols furent remontés, ainsi que des têtes de tortue, de grenouille, de lézard, de lamantin, des haches en roche volcanique d’aspect grossier et quelques pendentifs en pierre.

La période arawak à Sainte Marie 

La période d’occupation des îles des Antilles par les Arawaks débute au premier siècle. Elle  est appelée Période Saladoïde.

Les Arawaks sont arrivés en pirogue en provenance du cours moyen du bassin de l’Orénoque (Venezuéla). Ils s’installèrent le long des côtes du nord de la Martinique.

Les chercheurs pensent que les premiers groupes sont arrivés à la Martinique dès  les années 100 après JC.  On retrouve leur trace dans le nord,  sur la bordure côtière entre Macouba et Trinité sur de petites hauteurs qui dominent la mer.

Pourtant les plages de débarquement sont rares, la mer est agitée, les fonds descendent vite, les coquillages sont rares à l’exception des burgauds sur les rochers à fleur d’eau.

Quelles sont les raisons qui ont poussé les Amérindiens à s’établir dans la région ?

On pense d’une part que les vents et courants les ont poussés dans le secteur.  Cette zone est volcanique et s’étend sur des plateaux qui dominent la mer par des  falaises de quelques mètres d’où une position stratégique pour se défendre.

A l’origine, cette région était très boisée. La forêt humide était permanente. Etant donné que les premiers hommes arrivés dans l’île, en nombre relativement élevé, ne dépendaient que de la chasse et de la cueillette, cette zone paraissait privilégiée ; l’adaptation aux ressources de la mer se serait faite progressivement. Beaucoup de morceaux de poterie ont été trouvés sur les plages de Fonds Saint Jacques et de Sainte Marie : des tessons ainsi que des meules et des pilons étaient utilisés pour la fabrication de la cassave de manioc.

Entre Trinité et Marigot, les côtes sont basses, la mer est agitée, et seules quelques rares plages ont pu faciliter les débarquements  notamment dans la baie de Sainte Marie.

Ces peuples ne connaissent pas la métallurgie et restent des maîtres potiers qui fabriquent des objets en céramique aux décors variés et incisés. Ils utilisent la peinture rouge et blanche et travaillent selon la technique du colombin.  Ce sont aussi des vanniers, des pêcheurs et des chasseurs.

On a trouvé à Sainte Marie des vases, des adornos, des platines à manioc. Les Arawaks pratiquent la pêche (coquillages, lambis,…) et se sont adaptés aux ressources de la région.

Les Arawaks vivent dans des carbets. On trouvait  quelques villages comme celui de l’habitation Lassalle. Le père Pinchon fait d’ailleurs de ce village la capitale des Arawaks. Le village de la Petite Rivière Salée était aussi très important. Il était situé sur un morne d’une vingtaine de mètres d’altitude que prolonge un plateau qui s’étendait sur plusieurs  hectares. La Rivière Salée produisait l’eau potable  et fournissait aussi les aliments (poissons…). Le père Labat a aussi découvert sur l’îlet Sainte Marie, espace qui  regorge de coquillages (burgauds, lambis…), des vestiges amérindiens.

Les Arawaks pratiquaient l’agriculture et  nous ont laissé des plantes comme le manioc, la patate douce, les plantes médicinales.

Sites arawaks connus à Sainte marie

(Classification d’après étude De J. Petit Jean Roger)

Site Datation
 Petite rivière Salée Plusieurs groupes : Arrivés  entre 100 et 900 après JC
 Lassalle Entre 100 et 600 après JC
  Anse Azérot Entre 300 et 600 après JC
 Ilets Sainte Marie Entre 300 et 600 après J
 Fonds saint Jacques Entre 300 et 600 après J

La période caraïbe à Sainte Marie 

La période caraïbe se situe entre 750 et le XVème siècle (du troumassoïde au suazoïde) . Elle correspond à une évolution des peuples indiens. Les céramiques sont plus grossières. Les décors disparaissent de plus en plus sur les objets en poterie.  L’habitat est de plus en plus permanent. Les Amérindiens se sédentarisent et s’installent dans les régions de mangroves et les baies peu profondes. On trouve leurs traces à Fonds Saint Jacques. On y a repéré des tessons, des haches, des pierres taillées. Ces hommes cultivaient davantage de plantes. Le travail de la terre s’effectuait collectivement. Chaque famille possédait un petit jardin et des animaux domestiques. Ils utilisaient la banane, le cacao à l’état sauvage et consommaient du cachiman, des pommes d’acajou, des goyaves, du piment, de la cassave …

Ils se sont sédentarisés et vivaient dans des villages. Ils construisaient des cases ou carbets.

Les hommes pratiquaient la chasse, la pêche et l’artisanat pendant que les femmes cultivaient les jardins, tissaient le coton, fabriquaient des objets en vannerie ou avec des conques de lambis, des hamacs et préparaient les repas. Ils utilisaient des instruments comme les couis, les tables en bois, les chachas,

On trouve aussi leur trace sur le site de la Petite Rivière Salée où on a découvert des adornos, des haches, des polissoirs,.

Ils sont aussi présents à Lassalle et à l’Union.

Aujourd’hui, ils nous ont légué le manioc et le procédé de fabrication de la farine et de la cassave, la vannerie, le cacao,…

Vidéo YouTube  Max en pays Kalinagos

                                                                                                                                                 Lerandy Luc

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Ancien professeur d’histoire et de géographie, il a participé régulièrement à la vie culturelle et politique de sa ville. Animateur, membre d’associations, il est aussi un passionné d’histoire.