Rodolphe Richer: le tombeur de Joseph lagrosillière

Rare photo de Rodolphe Richer

Johannes Marie Joseph Crispin Rodolphe est né le 9 Août 1884 à Sainte Marie. Il est le Fils de Richer Velmont Eucher surnommé Sonson et Joannes Marie louise Sylvanie. Il fut légitimé le 3 Juillet 1888 prenant le nom de Rodolphe Richer. Il est titulaire du brevet élémentaire .

Il se marie le 9 Août 1913 à Fort De France à Monnerot Julia Ange. Il eut entre autres, comme témoin, Emile Yoyo (ingénieur de l’usine et maire nommé pendant la guerre). De cette union naquirent 6 enfants .

                                      Les Richer, une grande famille de Sainte Marie

Rodolphe Richer devient le 1er adjoint de Louis Erimée en 1936 qu’il remplaça à sa mort en 1936 puis il est nommé 2ème adjoint de Joseph lagrosillière du 5 Mai 1935 au 30 Mai 1936.  Après avoir battu Joseph Lagrosillière, ce socialiste, défenseur de la classe ouvrière resta maire de Sainte Marie du 5 Mai 1936 à  1939. Il décède le 22 Juin 1939 à Sainte Marie à l’age de 55 ans. Une école primaire de Villeneuve porte son nom.

Un parcours politique ambigu

                                                                                        La mairie au cœur de chaudes batailles politiques

Issu de la bourgeoisie mulâtresse du bourg, après son service militaire, Rodolphe Richer débuta dans le monde du travail comme employé de l’usine de Sainte Marie puis il fut affecté à sa demande à la police municipale (garde champêtre à l’époque).

Il entre en politique et devient conseiller municipal de Sainte Marie. Il est nommé 2ème adjoint au maire Joseph Lagrosillière. La situation de la Martinique en 1935 et son rapport avec le milieu usinier favorisa son élection à la tète de la municipalité en 1936.

Effectivement, en 1935, prétextant une baisse de la vente des rhums et du prix du sucre, les patrons usiniers martiniquais obtinrent auprès du gouverneur Alfassa, une baisse de 20% du salaire des ouvriers. Cette décision provoqua une crise dans la colonie : grèves marchantes, arrestations, tensions à Fort De France,

Joseph Lagrosillière, le député maire de Sainte Marie, est à Paris (de manière presque permanente). Il est accusé d’être loin de la préoccupation des martiniquais et d’ignorer la situation économique et sociale du pays. Le ministre des colonies, Louis Rollin dénonça la décision prise par le gouverneur ; Il l’a jugé illégale. Lagrosillière intervient auprès du ministre pour obtenir le rétablissement des salaires. Il provoque le mécontentement des usiniers et notamment de l’administrateur de l’usine, Raymond Huygues Despointes.

Joseph Lagrosillière, des absences préjudiciables
                        le monde de l’usine un soutien de poids à Rodolphe Richer

L’attitude du deuxième adjoint Rodolphe Richer est ambiguë. Il semble aller dans le sens du patron de l’usine. La ville de Sainte Marie est en ébullition. Les ouvriers sont en colère.

Dans un courrier du 23 février 1935 adressé par Huygues Despointes à son frère (cité par Camille Darsières dans le tome 2 de son étude sur Joseph Lagrosillière) on peut lire :

« La semaine suivante, une convocation a été lancée par  le   parti socialiste invitant pour le Dimanche tous les travailleurs à se réunir à la mairie de Sainte Marie afin d’établir des protestations contre la vie chère ; mais cette convocation, qui était également un appel à la révolte, avait été rédigée et insérée dans le « cablo » à l’insu de R. Richer, administrateur de la commune, par son frère, l’instituteur G. Richer, et par Simprix(sic), conseiller général. Le coup devait donc partir de Sainte Marie. Inutile de dire que j’ai arrêté la chose immédiatement en m’entendant avec Richer pour qu’aucune réunion n’ait lieu ici, le rendant responsable s’il y avait du désordre à Sainte Marie. Il a aussitôt fait paraître dans le Cablo, et à la même place un entrefilet disant qu’il n’avait jamais rédigé ni signé aucune convocation et que la réunion projetée n’aurait plus lieu ».

Raymond Huygues Despointes accuse les socialistes de préparer un coup et il contrôle le 2ème adjoint de Joseph Lagrosillière, son ennemi politique.

Cet événement aller provoquer définitivement la rupture entre lagrosillière et son 2ème adjoint. Il faut dire que Lagrosillière est à Paris et a laissé la gestion de la ville à son deuxième adjoint. Le premier adjoint Désir Jox, âgé, est totalement dominé et écarté des affaires municipales.

Désir Jox, un premier adjoint trop effacé

Lagrosillière et la majorité de l’équipe municipale décide de réagir. Ils dénoncent auprès du gouverneur, l’attitude de Rodolphe Richer qui a écarté le premier adjoint et dirige la ville à sa place. Le 28 Mars 1936, le gouverneur par un arrêté suspend Rodolphe Richer de ses fonctions pour 3 mois pour les motifs suivants :

« Vu la lettre du 3 Février 1936 du maire de Sainte Marie transmettant, suivant le mandat que lui a donné le conseil municipal de Sainte Marie par délibération en date du 22 Janvier 1936 « une liste des dettes contractées de 1932 à 1935, et non consolidées, étables suivant indications données par le 2ème adjoint au maire » ;

Vu les résultats de l’enquête administrative à laquelle il a été procédé sur cette affaire, ainsi que la réponse faite par le second adjoint Richer, de laquelle il ressort que ce magistrat municipal s’est substitué d’office au premier adjoint.

Considérant cependant que l’administration supérieure a eu, à diverses reprises, à lui rappeler, avec une insistance toute particulière, les dispositions de l’article 84 de la loi municipale du 5 Avril 1884, qui prévoient qu’en l’absence du maire, la plénitude de ses fonctions est dévolue au premier adjoint … ».

Guillaume Richer, le directeur de l’école de Bezaudin

Joseph Lagrosillière reproche aux frères Richer des dépenses inconsidérées et non justifiées et de complicité. Guillaume Richer est le directeur de l’école de Bezaudin.

Lors de la séance du conseil municipal du 13 Mai 1936, Joseph Lagrosillière demande au conseil de ne pas voter le budget supplémentaire ainsi que le compte administratif de 1935 (considéré comme étant un héritage de son 2ème adjoint). Il est suivi par sa majorité. Il voulait éliminer les frères Richer. Durant cette même séance, la majorité du conseil demande au gouverneur la dissolution de l’assemblée municipale. Dès le lendemain le gouverneur Fousset dissous le conseil municipal de Sainte marie.

Une délégation spéciale est nommée et le 31 mai 1936 à la surprise générale, lors des élections partielles la liste menée par Rodolphe Richer est élue dès le premier tour par 932 voix contre 826 voix pour Joseph lagrosillière.

Joseph Lagrosillière, la légende politique est battue après 22 ans de règne par son deuxième adjoint. Il faut dire que l’absence de Lagrosillière dans sa commune lui a été préjudiciable et Richer en a profité pour mener campagne contre lui. Il a aussi bénéficié du soutien des cadres et du patron de l’usine qui a fortement influencé les ouvriers. Il faut dire que la famille Huygues Despointes dominait économiquement la ville de Sainte Marie.

Et pourtant, le 9 mai de la même année, quelques semaines avant, Joseph lagrosillière était réélu député avec une forte majorité à Sainte Marie. Le candidat soutenu par l’usine (julien Caffié) était battu.

En Avril 1937, un an après sa victoire, lors des élections cantonales partielles, Rodolphe Richer est battu par le candidat soutenu par Joseph lagrosillière (690 voix contre 1151 voix).

Rodolphe Richer restera maire de Sainte Marie jusqu’en 1939 année de sa mort. Il travailla avec Emmanuel Very (ancien conseiller municipal de Joseph lagrosillière) qui était président du conseil général. Il n’avait plus le soutien des samaritains. Lui et tous les candidats qu’il a soutenu ont été battu aux différentes élections intermédiaires.

Rodolphe Richer décède le 22 Juin 1939 à l’âge de 55 ans et fut remplacé par louis Erimée.  Considéré par certains comme un homme d’une grande justesse,  Rodolphe Richer était le défenseur de l’école laïque et de la classe ouvrière.

es obsèques maçonniques

l’école Rodolphe Richer inaugurée par Agnès Rubinel, la directrice, entourée des Maires Camille Petit et Michel ThalmencyC’est le 21 janvier 1978 sous l’égide de la municipalité du député maire Camille Petit que l’école maternelle de Villeneuve, a reçu officiellement son nom. Ce nom qui avait déjà été associé à celui d’Emmanuel Saldes par Emmanuel Véry à l’école qui composait le groupe scolaire Joseph Lagrosillière .

Lerandy Luc

 

 

 

 

 

 

 

 

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