Le marigot

 

Le Marigot est une commune du Nord atlantique de la Martinique. Elle est située entre les communes du Lorrain et de Sainte-Marie. Ses limites sont la rivière Charpentier et la rivière du Lorrain. Elle est par ailleurs entourée par d’autres communes : Fonds-Saint-Denis, le Gros-Morne et Morne Rouge. Baignée par l’océan atlantique, on trouve des côtes rocheuses à falaise et une baie ou s’est développée la commune. En avançant à l’intérieur, les terres s’élèvent jusqu’au mornes de l’Etang et de Bellevue qui culmine à 694 mètres

La superficie du Marigot est de 2 163 hectares (environ 22 km2).  Son altitude maximum est 781 m. Les marigotins se répartissent dans le bourg et quelques grands quartiers comme Dominante, Plateforme,Papin, Fleury, Duhamelin

En 2016, la commune comptait 3 251 habitants, en diminution de 9,34 % par rapport à 2011.

Évolution de la population

1961      1967      1974      1982      1990      1999      2010      2015      2016

3 548     3 715     3 842     3 498     3 587     3 663     3 603     3 307     3 251

 

La densité est de 164 habitants par Km2.

Actuellement, l’activité économique au Marigot est majoritairement agricole. La banane et les cultures vivrières sont les principales productions. On trouve une activité autour de la pêche et du petit commerce. Le marigot fait partie de Cap Nord (siège)

 

De la naissance d’une paroisse

Appel rapide de la colonisation

Le contexte

La naissance de la paroisse du Marigot s’inscrit dans la conquête de la Cabesterre et de toute l’ile par les colons français. Elle est aussi liée à l’extermination des kalinas du Nord de la Martinique.

Nous allons nous placer dans le contexte de l’ époque

Nous sommes au XVII siècle, la Martinique est occupée par les français. Ils occupent l’ile sous l’autorité d’un gouverneur. L’église accompagne la colonisation. Appelés missionnaires, les ecclésiastiques doivent assurer officiellement les offices religieux, s’occuper des malades, éduquer les populations autochtones dans « leur tâche civilisatrice ». Envoyés par leurs supérieurs généraux avec l’accord du roi et du Vatican, ces missionnaires étaient pris en charge par le gouverneur et les habitants de l’ile. Ils étaient à la tête des paroisses nouvellement créées.

Certains de ces missionnaires se sont retrouvés à la tête de troupes de soldats et sont même devenus de véritables colons, possédants terres et esclaves.  Pour les motiver, on promettait à ces prêtres qui acceptaient de se rendre aux Antilles des avantages comme le versement de pensions, des terres, l’exemption d’impôts, des logements et avantages de toutes sortes

Les religieux faisaient partie d’un ordre religieux. (Réguliers)

Ces ordres religieux se partageaient la direction spirituelle de l’ile à travers les paroisses qui y étaient créées. On trouvait à la Martinique les jésuites, les capucins, les frères de charité, les ursulines et le puissant ordre des dominicains. La colonie est divisée en deux parties : La Cabesterre qui est occupée par les indiens caraïbes (kalinas) et la côte caraïbe qui est dominée par les colons français.

 

Nous sommes en 1657, les relations entre colons et caraïbes se sont dégradées. Le gouverneur Jacques Duparquet décède le 3 janvier 1658, et sa femme, Marie, assura son intérim.  Sous l’influence de colons armés et à la suite d’un grave incident avec les caraïbes, Marie Duparquet déclara la guerre aux amérindiens (kalinas). Deux ordres religieux revendiquaient déjà la direction des paroisses qui devaient être créées dans la région : Les jésuites et les dominicains. Pour régler le problème, madame Du parquet décida d’attribuer la région à l’ordre qui, le premier, chasserait les Kalinagos. La guerre fut rude mais rapide. Face à la technique supérieure de leurs adversaires, les kalinagos furent vite vaincus. La plupart furent massacrés, les autres se réfugièrent vers le sud-est de l’ile avant de s’enfuir vers Saint Vincent ou la Dominique.

Le père Boulogne arriva le premier en territoire indien et il planta une croix pour délimiter son territoire et comme le veut la tradition, il dit la messe et entama le « Te Deum »

La région de la Cabesterre fut attribuée à l’ordre dominicain. Le quartier du Marigot fut ainsi dirigé comme toutes les nouvelles paroisses par des prêtres de l’ordre dominicain jusqu’en 1799. Le Fonds Saint Jacques qui est situé entre le quartier du Marigot et celui de Sainte Marie devient le centre religieux de la région.

Installation des premiers habitants

Les kalinas

Peut-être faut-il rappeler que les premiers habitants du Marigot et de la Capesterre étaient les kalinas

Ces indiens originaires de l’Amazonie vivaient dans l’ile depuis de nombreuses années et ont été tués ou expulsés. D’après les chroniqueurs, La région Lorrain : Marigot /Sainte Marie était la principale zone de concentration des amérindiens.

L’abondance des objets trouvés ont amené Le père Pinchon à faire du Marigot, la capitale des peuples précolombiens.  Ce site aurait été occupé dès le 5ème siècle. Pourtant les plages de débarquement sont rares, la mer est agitée, les fonds descendent vite, les coquillages sont rares à l’exception des burgauds que l’on trouve sur les rochers à fleur d’eau.

Quelles sont les raisons qui ont poussées les amérindiens à s’établir dans la région ?

On pense d’une part que les vents et courants les ont poussés dans le secteur. Cette zone est volcanique et s’étend sur des plateaux qui dominent la mer par des falaises de quelques mètres d’où une position stratégique pour se défendre.  Nous sommes aussi dans une zone basse sur la cote en face de la baie ou coule une rivière. Etant donné que les premiers hommes arrivés dans l’île, en nombre relativement élevé, ne dépendaient que de la chasse et de la cueillette, cette zone paraissait privilégiée ; l’adaptation aux ressources de la mer se serait faite progressivement. La plage du bourg du marigot et la rivière sont des espaces privilégiés pour ces indiens et correspondaient à leur espace de vie. Ils ont construit des huttes et des cases le long des cours d’eau. On y a retrouvé des traces.

En 1935, à l’occasion de l’anniversaire du tricentenaire de la présence française aux Antilles, le maire du Marigot, Joseph Lagarigue de Meillac, exposa des objets en poterie qui avaient été découvert lors de travaux sur la route coloniale du bourg. Mrs de Reynal découvre des gisements à Duhaumont et Séguineau. Une campagne de fouilles fut organisée de 1938 à 1941 par le révérend père Delawarde et Eugène Revert. Ces gisements étaient à fleur de terre. Des kilos de tessons et outils de pierre furent récoltés. On a trouvé des galets, des pilons, des meules, des fragments de hache, des vases, … Ces fouilles nous ont livré de nombreux témoignages sur la vie quotidienne des amérindiens.
La poterie a tenu une grande place chez ce peuple qui ignorait le métal et dont tous les récipients étaient des calebasses ou des vases d’argile rouge ou blanche extraite du sol et mélangée au sable fin. Les amérindiens ignoraient le tour ; ils fabriquaient leurs vases à la main au moyen de plaques d’argile à bord vertical. On a mis à jour entre Trinité et Marigot des marmite (6 à 8 litres de capacité) des vases ovales (4 à 5 litres), des plaques a cassave, les jarres à alcool, des bols. On a aussi découvert des têtes de tortue, de grenouille, de lézards, des haches en roche volcanique d’aspect grossier, quelques pendentifs également en pierre.

Dans les années 1990, alors que débutaient les travaux du lotissement « Eden point » à La Pointe, un promeneur découvrent dans des gravats, des objets en céramique. Sous la direction de Nathalie Vidal, la DRAC, lançait des travaux de fouille. Au lieudit, l’Adoration, on découvre des platines, des éléments de vannerie, des coupes, des vases, bols, marmites à fond plat. Ces objets étaient très décorés (blanc et rouge). Le père Delawarde dans les années 1930 puis le père Pinchon dans les années 1950, avaient déjà signalé l’existence de ce site.

  Hommes de la mer, nous avons hérité de ces hommes, la technique de construction des pirogues, la fabrication des nasses et des filets, mais aussi de la construction des cases, des carbets, la vannerie, la production de farine de manioc, de gingembre, la culture sur brulis, la pharmacopée

 

La conquête de la zone Marigot/ Sainte Marie était essentielle pour le contrôle de l’ile.

Revenons à 1658

Après avoir refoulé ces indiens vers l’Est, le rythme d’occupation de la Capesterre par les français s’accentua à raison d’environ 300 habitants en plus chaque année En partant à la conquête de l’ensemble du territoire les colons avaient un objectif : faire de ces terres une colonie d’exploitation au profit du royaume de France.

Au début les colons utilisaient des barques pour se rendre dans le Nord. Ils pouvaient remonter certaines rivières. Il a fallu défricher toutes ces terres. L’opération débuta avec les dominicains et les premiers habitants. Le défrichement s’effectua de la mer vers l’intérieur des terres. Ainsi on vit apparaitre des habitations de tabac, indigo, roucou, cacao, café, canne à sucre, fruits et légumes. Une centaine d’hommes commencèrent le travail. Avec l, arrivée des premiers esclaves africains, 30 nègres furent chargés de les aider surtout pour la construction des sentiers ou traces (exemple : la route des jésuites). Le défrichement était limité au début. Un voyer s’occupait du désenclavement de la région en veillant à la bonne marche des choses. Madame Duparquet incita les colons à s’installer dans la région en les exemptant de tous les droits. Les colons se précipitèrent. Les terres sont concédées aux habitants avec obligation de les planter dans les deux ans (du tabac dans les premières années). Au début, le gouverneur cédait gratuitement des terres d’une superficie de 200 pas de largeur sur 1000 pas de longueur. C’était des bandes de terres qui partaient du bord de mer pour l’intérieur des terres. Les habitants les plus influents avaient des concessions plus grandes. Les terres furent attribuées à des habitants et des engagés. Les concessions ont ensuite diminué : Elles passent à 200 pas de large pour seulement 500 pas de longueur. Un arpenteur posait les bornes.

Les terres ont été distribuées aux colons afin de les mettre en valeur.  Ils mettent en place de petites habitations et cultivaient en particulier du pétun pour l’exportation mais aussi des vivres pour la consommation dans la colonie. Très rapidement les habitants ont fait venir des esclaves.

Jacques Petitjean Roger et Eugène Bruneau Latouche, deux historiens, dans une étude publient « personnes et familles à la Martinique au XVIIème siècle ». Cette recherche est réalisée à partir des premiers recensements et terriers du XVIIème siècle. C’est un document de référence pour l’étude des premiers habitants de la Martinique.

Les premières habitations s’étendent sur les côtes. Elles sont très étirées et étroites. Elles avaient une ouverture sur la mer. La Martinique est divisée en compagnie puis en quartiers. Un quartier est un espace composé d’un ensemble d’habitations qui utilisaient le même mouillage (sorte de lieu d’échanges sur la mer). L’absence de chemins rendaient les liaisons internes presqu’impossible. A la tête de la compagnie, on trouvait un capitaine (souvent deux) qui avait été désigné par le gouverneur.  C’est lui qui dirigeait les quartiers. Il était aidé dans sa tâche par des lieutenants.

Les habitations qui composaient le quartier portaient le nom de leur propriétaire. On trouvait vers la fin du XVIIème siècle, 7 compagnies de milice dans l’ile. Les habitants font partie de la milice de leur quartier. Ils possèdent des armes et sont sous l’autorité du capitaine de milice.

Le premier recensement qui a été réalisé à la Martinique date de 1664. Il a été réalisé par l’abbé Cosino Brunetti qui est issu d’une famille de marchands. Il recense les habitants par quartier. Ce recensement a été établi par « Caze » ou propriété. On y indique le nom du propriétaire, son prénom, son surnom, sa femme, ses enfants, les blancs (engagés) qui vivent avec eux, leur âge, métier, le lien de famille ou de subordination avec le propriétaire, le nombre d’esclaves (hommes, femmes, enfants).

Le quartier du Marigot compte officiellement 86 français (en 1660) qui vivaient dans une trentaine de maisons (cases). On compte déjà 62 maisons en 1664.

En 1664 on trouvait 209, esclaves, en 1669 : 459, en 1670 : 479, en 1680 : 641, en 1682 : 709, en 1684 : 419 (limites du Marigot est fixé et le Marigot perd tout le secteur du Charpentier) et enfin en 1685 :421

Entre 1660 et 1664, les habitations sont de plus en plus nombreuses. On trouve deux capitaines de milice : Poret De La Garenne et Jean Jaham Vertpré.

Mais le recensement le plus intéressant reste celui de 1671.Il s’agit d’un terrier. Il a été réalisé par les services du commis général de la compagnie sous la direction d’Antoine Sobesky et d’Eugène Revert. Chaque compagnie de milice a réalisé son étude. On constate que les habitations sont de plus en plus nombreuses mais les limites sont difficiles à établir. Elles sont exprimées en pas et le pas varie selon l’agent voyer qui délimitait les terres (un pas : 3pieds et demi de pieds du roi ou 1.96 m) Les bâtiments sont construits tout au long de la cote. Les cases des propriétaires sont situées en hauteur sur un morne ou une butte.

En 1671, La compagnie du Marigot qui portait le nom de compagnie de Saint Aubin puis compagnie Jaham de Vertpré s’étendait sur 5 kilomètres et comptait 26 grandes concessions. Les habitations s’étendaient de la baie du Charpentier à la rivière du lorrain.

On peut citer les habitations de Jean Gallet qui avait une longueur de 1500 pas sur une largeur de 200 pas ou celle de Pierre Du Bucq d’une longueur de 500 pas de long pour 100 de large.

Sur leurs terres en 1671, les habitants du Marigot cultivaient du pétun (74%), de la canne à sucre (10%), des cultures vivrières (16%) mais aussi du gingembre (habitation de Thomas Chevalier). On trouve de l’indigo sur les terres de Du Bucq. On trouvait aussi des animaux (moutons, chevaux,). On comptait 4 habitation – sucreries dont celles de Jean Gobert, jean Gallet, Abraham ou Jean Jaham.

La concession la plus importante appartenait à Jean Jaham De Vert Pré.  Elle avait une superficie de 400 pas de large (400 mètres) sur 2500 de long (1500). Elle était à la limite des propriétés de Jean Gallet et de François Massé qui faisaient aussi partie des plus gros habitants et qui se sont installés à la même période. Jean Jaham Vert Pré participa au développement de la paroisse du marigot. Il cultivait sur ses terres de la canne à sucre et des vivres.

Jean Jaham, sieur de Vert Pré, originaire du Poitou, part le 29 Mars 1635 du Havre pour Saint Christophe pour servir la compagnie des Iles d’Amérique (ex compagnie de Saint Christophe). Il rejoint La Martinique en 1646 et dirigera pour Du Parquet, une expédition contre les caraïbes de la Grenade en Mai 1650 ainsi qu’à Saint Pierre. Il devient le premier capitaine de milice de cette région et est membre du conseil souverain de la Martinique. C’est un personnage très important de l’ile. Il est en 1680 le premier capitaine d’infanterie de la Martinique. Il connaissait bien les îles car son père était un des lieutenants de Jacques Duparquet

En 1660, Il dirige avec Mr Francillon, le quartier du Prêcheur. Sur sa propriété, il possédait une quinzaine d’esclaves.

En 1670, Jean Jaham est le capitaine de la compagnie qui porte son nom et qui part de Fonds Charpentier pour arriver au Macouba. Il assurait la sécurité de la région à la tête d’une troupe de soldats

Sur son habitation du Marigot, qui, je le rappelle à une superficie de 400 pas de large sur 2500 de long. Il cultive de la canne à sucre. En 1680 Jean Jaham sieur De Vertpré a 70 ans et est marié à Françoise massé (43 ans). Il est le père de 2 enfants (9 et 14 ans). On trouve sur son habitation un commandeur, un cabrouettier, un charpentier (mulâtre) et un faiseur d’essentes. Il possède 21 nègres de 14 à 70 ans, 16 négresses de 15 à 47 ans, 20 négrillons de 2 mois à 12 ans, 11 négrillonnes de 4 à 10 ans et 12 nègres et négresses sur âgés et infirmes de 56 à 78 ans. Son fils Georges Gallet (9 ans) avait son esclave (Toinette âgée de 20 ans). On comptait au moins 81 esclaves sur l’habitation

Jean Jaham est un homme riche et un acteur important dans la naissance de la paroisse du Marigot. Sur ses terres existait une marre d’eau appelée Marigot et c’est ce nom qui fut attribué au quartier puis à la paroisse du Marigot.

Un marigot est ce que les géographes appellent le bras mort d’une rivière qui peut être réalimentée en période de crue. C’est une petite étendue d’eau fermée (une mare), souvent dépourvue d’eau pendant la saison sèche

Sur cet espace, anciennement occupé par les kalinas, émerge un village, se développe un quartier. Ainsi Par décision du conseil souverain, la paroisse du Marigot comme celles de Grande Ance et Sainte Marie fut créée  le 8 Janvier 1663. La paroisse du Marigot dépendait administrativement de celle du Lorrain jusqu’en 1889.

L’intendant Bégon définie ses limites en 1684 : « bornée par la rivière du Charpentier et la rivière du Lorrain »

De cette époque nous avons gardé le nom de ces premiers habitants (noms de quartiers ou de plantations).

Par exemple, C’est en 1694 que le capitaine de milice Jacques Marraud et Etienne huc achetaient une habitation qui prit plus tard le nom d’habitation Lagrange. Hyppolite Guillaume Assier De Pompigan rachetait en 1882, les parts de Mme De Boureville, du comte Levassor De La Touche, De Mmes  Ameillon De Buynee et Marie De Bouille.

Au début du XVIIème, jean Baptiste Paul Jaham De Verpré alias sieur Jaham Du Haumont major de milice à Saint Pierre possède une habitation au Marigot qui porte son nom

La naissance d’une paroisse est effective lorsqu’il existe une église. Pourtant il existait au Marigot comme à Sainte marie, un curé avant la construction de l’église. La paroisse existait déjà sans église ni presbytère. Car, en fait les principaux offices religieux se déroulaient sur la propriété de l’ordre dominicain, l’habitation Fonds Saint Jacques qui accueillait tous les prêtres des paroisses avoisinantes. Le premier curé du Marigot, le père Carbonnières assurait les fonctions curiales chez un habitant mais vivait à Fonds Saint jacques. Il assurait la visite des malades. Ce sont les religieux de Fonds Saint Jacques qui desservaient les nouvelles paroisses. La première église du Marigot comme celle de Sainte Marie était la chapelle de Fonds Saint Jacques.

L’habitation monastique de Fonds Saint jacques est devenue le centre religieux de la région pendant près de vingt ans. Elle est devenue le siège de l’ordre dominicain. Le syndic y logeait (ex : le père Jérôme Lantiat de 1681 à1686) de même que les curés des paroisses de Trinité, Sainte Marie, Marigot, Gros Morne et grande Anse (Louis Bertrand Fraisse, Nicolas Deschanet, Jean Temple, Claude Verdier, Raymond Dacier, Jean Jacques Romanet, Hyacinthe Dastez.). Une vingtaine d’esclaves desservait les religieux (fin XVIIème) ; L’habitation se développa pour devenir l’une des plus prospères de l’ile. La chapelle est le lieu de prières et de cérémonies religieuses. Chaque jour, à l’époque du père Labat, vers 9 heures, les esclaves participaient à 30 minutes de prières. Ils allaient au catéchisme, étaient baptisés, et recevaient tous les sacrements de l’église. A la fin de la journée, une autre prière avait lieu. Ce sont les curés qui logeaient sur place qui assuraient la formation religieuse mais qui transmettaient aussi tous les grands principes de la civilisation française. Le commandeur veillait à ce que les esclaves de Fonds Saint Jacques respectent les rendez-vous religieux : messe chaque matin, catéchisme, messes le dimanche, jours de fête.  L’habitation de Fonds Saint Jacques est une exception.

Alors que la vie de l’église du connait quelques vicissitudes, le monastère de Fonds Saint Jacques se porte bien ; malgré le départ du père Labat, l’habitation continue à se développer pour atteindre son apogée vers 1760-1770 (500 esclaves).

Cette situation ne plaisait pas aux habitants qui avaient financé la venue de leur curé. Il a fallu beaucoup d’effort et des interventions auprès du gouverneur et des habitants pour trouver les moyens nécessaires à la construction de l’église.

Finalement la première église fut construite sur la propriété de Jean Jaham Vert Pré face au ponton, l’espace maritime d’échanges. Jean Jaham Vertpré en devint d’ailleurs, le marguillier en 1686.

La première église du Marigot apparaît en 1686. Elle fut bénite le 5 janvier 1687 par le révèrent père Pierre Paul (curé de la Grande Ance) et fut dédiée à Saint Paul. Elle portait le nom de Saint Paul du Marigot de la Capesterre. Le père Paul était assisté par le père Lentral du quartier du Marigot et de Jean Jaham, le marguillier (fonction réservée à un homme riche)

Lors d’une visite de la paroisse, 10 mois plus tard (le 1er Octobre 1687), le curé, les marguilliers, les officiers du quartier, des paroissiens découvrent une église neuve mais sans presbytère. Quelques années plus tard, Le curé de la paroisse, le père Hyacinthe Vaugeol habitait toujours le Fonds Saint Jacques car il n’y avait pas de presbytère. Le presbytère fut construit tardivement. D’ailleurs lorsque le père J.B.Labat traversa le Marigot en 1694 pour se rendre à Fonds Saint Jacques,  le presbytère n’existait toujours pas. Il n’apparut vraisemblablement qu’au début du XVIIIème siècle. Il fut dire que le major Bègue reçut la plainte des habitants et il rechercha de l’aide pour construire cet édifice. Ils reçurent une aide de vingt mille livres de sucre. On construisit une petite baraque de deux pièces très étroites. L’accès était très réduit.

Dans la tradition des paroisses du moyen âge en Europe, l’église était entourée de son cimetière. Le cimetière était ouvert. Des habitants ont promis 40 journées de nègres pour réaliser cette clôture comme Jaham de Vertpré, defontaine, La Chardonnière, Jean Riche, jean Fabulet. Il devient même trop petit. Le nombre d’habitants augmente régulièrement. En 1713, le Marigot compte 926 habitants et 5 sucreries

En 1743, le préfet apostolique, en visite de la paroisse du Marigot constata l’état de délabrement de l’église et du presbytère malgré la valeur de son casuel (le double de celui de Sainte Marie). Le curé ne recevait qu’une pension de neuf cents mille livres de sucre brut et son casuel s’élevait au maximum à cent vingt livres par an. L ‘église accueillait environ, 120 communiants blancs et 800 nègres.

L’église fut vraisemblablement reconstruite au milieu du XVIII mais aucun document ne nous permet de le confirmer. A la fin du XVIIIème, pendant la révolution, les curés des paroisses avoisinantes assuraient les offices au Marigot. Jusqu’en 1798 les prêtres de l’ordre des frères pécheurs assuraient les offices au Marigot. Ce n’est qu’en 1799, que l’on nomma des prêtres séculiers. Le premier prêtre fut le père Léonard Dumonteil. C’était un prêtre émigré qui a refusé de prêter serment de fidélité au gouverneur et qui fut expulsé de la colonie en 1802.

La notion de bourg avec la construction des premières chapelles ou églises se développe. Les bourgs sont situés le long de la mer. Le bourg du marigot se développe face à la mer et est constitué de magasins ou dépôts liés aux activités des habitations. Les marchands se sont installés à l’endroit ou pouvaient mouiller les navires. C’est à ces points d’abordage que s’effectuaient les transactions, les échanges. C’est l’endroit où les habitants d’une même compagnie de milice contrôlaient leur production, échangeaient leurs marchandises.

Le Marigot au XIX me   

La société coloniale s’est mise en place. Les habitations esclavagistes se développent. En 1822, le marigot compte 1129 habitants soit 60 blancs, 139 libres et 930 esclaves. L’assemblée coloniale de la Martinique décide d’établir des municipalités dans chaque paroisse ainsi le marigot aura son premier conseil municipal en 1789 malgré sa dépendance avec Le lorrain. Ce conseil est composé de 9 conseillers municipaux qui s’occupaient de la sécurité des personnes. Ce conseil est resté en place jusqu’en 1837. Jusqu’en 1889, le Marigot était rattaché au Lorrain.

En 1838, l’église et le presbytère du marigot étaient en mauvais état. Il fallait rénover, donc, il fallait de l’argent. On fit appel à tous les habitants libres ainsi qu’aux esclaves. Ils doivent s’acquitter d’un impôt de trois francs cinquante. La construction de l’édifice divisa les paroissiens : certains voulaient couvrir l’église en paille, d’autres en essentes. Finalement l’église est couverte en essente mais l’impôt est ramené à six francs par tête. La location des bancs fixée à vingt-cinq francs permet de liquider les dettes.

L’église sera reconstruite un peu en retrait de la première entre 1838 et 1840. L’église du Marigot fut, dédicacée le 11 Octobre 1840. La bénédiction fut donnée par l’abbé Girardon (curé du Fort). Le curé du Marigot était l’abbé Soudet. Le cimetière sera déplacé. Il était trop près du bourg (épidémie de variole, miasmes). L’emplacement du nouveau cimetière est offert par le marquis de Sainte Croix ! Il fit un don d’un terrain de 1470 mètres carré à la paroisse. Comme cela se faisait dans les autres paroisses, il y avait une contrepartie : il recevait un banc pour lui et sa famille à vie et une messe le 23 février.  Sur la façade de l’église, dans l’une des deux niches on trouvait une statue de Saint Pierre. Serait-ce à cette époque que ce saint fut rattaché à la paroisse

Le Marigot devient officiellement une commune le 11 Janvier 1883. Le conseil municipal sera composé de 16 conseillers qui élisent leur maire. Le premier maire élu s’appelle Emmanuel Anicet et son adjoint était Henri Brider

Le cyclone de 1891 va détruire le clocher. Il sera reconstruit en 1899. L’église sera réparée. Entre 1923 et 1929, le Marigot porta le nom de Fonds d’or avant de retrouver son nom d’origine. Le conseil municipal prit cette décision afin de dissiper l’image d’une ville insalubre et marécageuse.

Le séisme du 21 mai 1946 va détruire à nouveau l’église qui sera restaurée en 1950.

Les années d’après 1945, voient surgir de nombreux conflits entre l’église et la municipalité communiste de l’époque (quelques incidents comme le refus du curé de célébrer un baptême car la marraine était communiste ou le maire qui perturbait une procession…)

Malgré les relations compliquées avec la municipalité les travaux sont réalisés en onze mois.la nouvelle église fut construite autour de l’ancienne et une soixantaine de volontaires ont participé à la destruction de l’ancienne église en une semaine.  Construire l’église semblait être un défi pour les opposants au maire. Le clocher sera relié au corps de l’église. Le curé Gaston Gauthier a trouvé les moyens nécessaires à la construction de l’église et de la salle paroissiale. L’église fut bénie le dimanche 16 Avril 1950 à 10 heures. La messe pontificale fut célébrée par l’évêque de la Martinique, Mgr Henry Varrin De La Brunelière. Il était assisté par son excellence Mgr Grimault( évêque qui officiait au Sénégal et qui avait donné sa démission en 1946 et qui fut accueilli à l’Orphelinat Notre Dame De l’Espérance jusqu’en 1955), un ancien curé de la paroisse, le chanoine Fageul et de nombreux membres du clergé. Le curé du Lorrain, le père tricot prononça un discours. La cérémonie était présidée par le curé du Marigot, Gaston Gauthier qui reçut de nombreux éloges ( il officiera au Marigot de 1948 à 1958 (10 ans)). Aucune allusion à la municipalité

Luc Lerandy

 

 

 

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