Date du jour :07/02/2026

Eugène Agricole ou « Le père Agricole »( maire de Sainte Marie de 1893 à1901)

Louis Eugène Augustin Agricole est né le 8 Juin 1834 à Morne à Vache, quartier de Basse Terre en Guadeloupe.

Il se marie le 5 Aout 1891 avec Rose Louise « Armantine » BUROT. Il est le père des trois enfants :

Louis Pierre Léon Anarchasis AGRICOLE  (deviendra maire de Sainte Marie en 1903)

Louis Robert Diogène AGRICOLE  (Commis des Contributions directes)

De sa relation avec Françoise « Lolore » CABON , Eugène Agricole a un autre fils : Pierre François Anatole Sextus AGRICOLE (Docteur en Médecine à Ambleny, Officier de la Légion d’Honneur)

La rue Paille à l’époque d’Eugène Agricole

C’est un propriétaire terrien. Il rejoint la Martinique vers 1850 puis retourne à Basse Terre. De 1868 à 1872, il est employé à la direction de l’intérieur en Guadeloupe chargé des comptes municipaux. Il va rejoindre nos terres en Aout 1872. Républicain, il est élu conseiller général du canton de Trinité en 1872. Le canton de Trinité regroupait les villes de Trinité, Sainte Marie, Robert et Gros Morne. En 1880, Eugène Agricole devient vice-président du conseil général de la Martinique puis président de 1883 à 1886. Il prend la tête de la lutte pour l’arrêt de l’immigration indienne dans la colonie. Le 18 Décembre 1884 le conseil général obtient sous sa présidence l’abolition de l’immigration indienne en Martinique.

Séance du Conseil Général du 18 Décembre 1884

 Présidence de M, Agricole.

Fin de la discussion sur l’immigration.

M. LE PRÉSIDENT : Je vais donner lecture au conseil d’une proposition qui vient d’être déposée sur le bureau et qui est revêtue de la signature d’un grand nombre de membres de l’assemblée : Considérant que le travail libre doit exister dans un pays libre, que l’organisation administrative du travail connu sous le nom d’immigration est une violation de ce principe , Que la concurrence n’est légitime qu’autant qu’elle est une conséquence de la liberté, mais qu’en aucun cas un gouvernement issu du peuple ne peut, par des moyens artificiels, créer contre ce peuple une concurrence étrangère et faire payer cette concurrence par ceux contre qui elle est dirigée, Le conseil général décide :

A l’avenir aucun recrutement de travailleurs étrangers ne pourra être fait, aux frais ni par l’intermédiaire de la colonie. Le travail réglementé est aboli. L’administration est priée de mettre la législation locale en harmonie avec ce principe de droit commun et doit se conformer aux prescriptions do l’article 23 de la convention du 1er juillet 1861. Aucun contrat passé sous le régime actuel ne sera renouvelé. La prime de réengagement est, en conséquence, supprimée.

Eugène DUPRÈ, 0. DUQUESNAY, J. BINET, LACROIX, F. EUSTACHE, F. HAYOT, TH. ST OMER ROY, M. ST OMER

 Le conseil consulté adopte Jes conclusions de la proposition dont lecture a été donnée par M. le Président

Ont voté pour : MM. 0. Duquesnay, Clavius Marius, F. Hayot, Nollet, Th. Roy, Fanfan, M. Roy, Eustache, Zamy, M. Hayot, Dupré, Viluce, Monvert, J, Duquësnay, Agricole, Binet, Forbas, Lacroix.

 Contre : MM. F. Bernard. Bélus, Cadeau, Pomponne, Laborde, de Thoré et Girard

Eugène Agricole reçoit par décret du 29 juin 1886 le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur.

 Eugène Agricole est élu maire de Sainte Marie en 1893.Il avait 59 ans. il a du livrer bataille à Jules Binet qui ne voulait pas abandonner son siège de maire. Il utilisa tous les stratagèmes pour y parvenir y compris la fraude électorale ce qui d’ailleurs lui valut une condamnation à 6 mois de prison pour fraude électorale. Finalement Eugène Agricole est élu le 14 Mai 1892 maire de Sainte Marie. Son premier adjoint est Jean Baptiste Saint-juste et le deuxième adjoint s’appelle Désir Jox .Le nombre de votants est faible (40%de votants).

Eugène Agricole occupa le poste de maire jusqu’à sa mort en 1901. il reçu affectueusement le surnom de « Père Agricole ».

Républicain , fidèle des idées de Victor Schoelcher, Eugène Agricole se bat pour faire triompher les valeurs de la république. Il défend l’école publique et laïque. Ce fut une rude bataille contre les conservateurs qui s’y opposaient. C’est lui qui fait construire l’école des garçons ainsi que l’école du Morne Des Esses qui est inaugurée en 1897. Elle possédait deux classes et était dirigée par M. Hermence Véry (père du député maire Emmanuel Véry). En 1900, on compte à Sainte Marie une école de garçons avec 4 instituteurs, une école de filles (3 institutrices), une école au Morne Des Esses et une à Pain de Sucre.

Ruine de l’école du Morne des Esses
Ecole des garçons ( actuelle Place Félix Lorne)

 Proche des ouvriers agricole Eugène Agricole se bat pour le développement de la petite propriété rurale. C’est l’époque de l’usine centrale de Sainte Marie qui domine le monde de l’habitation . Les crises économiques vont toucher l’agriculture. Les békés vont dominer l’économie du pays . Ils possédaient les usines, les grandes propriétés et mettent la main sur les sociétés import-export. la petite propriété s’est développée mais souffre de la baisse des prix et des salaires et surtout qu’elle reste très dépendante des gros propriétaires. Les tensions sont de plus en plus forte entre ouvriers et gros patrons des usines et habitations. La première grève des ouvriers agricoles se déroule dans la région Sainte Marie /Trinité. la maire de Sainte Marie intervient pour calmer les choses.

Le » père Agricole » tente d’arbitrer les conflits qui opposaient les ouvriers agricoles aux propriétaires d’habitations et aux usiniers lors des différentes grèves qui ont secoué Sainte Marie et la Martinique au début du XX siècle . Les premiers mouvements de contestations apparaissent à Fonds Saint Jacques. En 1900 débute à Sainte Marie la première grande grève de la colonie. Cette grève marchante part de Fonds Saint Jacques et se déplace d’habitation en habitation pour se terminer tragiquement au François. Le gouverneur a recours à la troupe. On compte au moins une dizaine de morts. Les ouvriers réclamaient une augmentation des salaires. D’autres mouvements sociaux vont agiter Sainte Marie.

Eugène Agricole occupe la fonction de médiateur. Très proche et très populaire chez les pauvres et démunis, il créait en 1894 la société de Secours Mutuel, La Samaritaine qui aidait les plus démunis.

Il lutte pour l’émancipation des noirs récemment libérés (Il y a environ 40 ans). Il défend la liberté d’expression et la promotion des valeurs intellectuelles des nouveaux libres. Il apprécia les travaux du curé de l’époque, Monseigneur Louis Bataille qui découvrait du coté de Lassalle des vestiges amérindiens.

Eugène Agricole rayonne sur la colonie à côté des Sévère, Lagrosillière, Knight….

La rue de l’église à l’époque d’Eugène Agricole

Eugène Agricole était aussi un poète engagé. Il participe aux activités sur l’anthologie de la littérature antillaise de René Bonneville, Fleurs de Antilles. Il publie son poème, L’Anse du four et le Trou Domingue lors de l’exposition universelle de 1900. Il est l’auteur de  les Soupirs et les rêves en 1936

Il meurt le 30 Avril 1901 à Sainte Marie. Il était récipiendaire de la légion d’honneur par décret du 29 juin 1886.

Ancienne maison d’Eugène Agricole face au poly forum Jérôme Mercan

Les funérailles d’Eugène Agricole : Un drame pour la Population

L’Opinion du 4 Mai 1901,

Jeudi matin, 2 mai courant, ont eu lieu, à Sainte-Marie, les obsèques d’Eugène Agricole, maire de cette commune, Conseiller général du canton de la Basse-Pointe, ancien Président du Conseil général, chevalier de la Légion d’honneur, décédé à l’âge de 67 ans.

 Le « père Agricole », ainsi qu’aimaient à l’appeler ses amis, s’était doucement éteint, l’avant-veille au soir, dans une calme agonie. Il y avait déjà un an passé qu’une apoplexie l’avait brusquement foudroyé, lui laissant pour tant toute son intelligence et toute sa lucidité.

 Avant de mourir, il se fit porter à sa table de travail et écrivit longuement. Ses fils, ses amis, qui, demandés par lui, avaient eu le temps d’accourir de partout autour de son lit de mort, l’entouraient. Il leur parla, adressa ses adieux à tous, puis il se fit coucher pour mourir. Ce fut une belle fin, celle du philosophe, du sage, du lettré qui avait longuement vécu de la vie de l’esprit, et dont le cerveau fut respecté jusqu’à la dernière minute par la mort hésitante. La population de Sainte-Marie se pressait autour du catafalque, et dans les rues voisines, débordantes de monde.

Quand, à la levée du corps, le cortège se mit en marche, le spectacle fut déchirant, de la douleur de toute cette foule, qui se précipitait derrière le cercueil. Des femmes du peuple, des vieillards, pieds nus, en habits de travail, pleuraient et se lamentaient. Le cortège se forma de la manière suivante : Le corps était précédé de plusieurs couronnes…

 Le deuil était conduit par MM. Anacharsis Agricole, secrétaire municipal à Sainte-Marie, Diogène Agricole, receveur des contributions au Robert ; Cognet, commissaire de police au Saint Esprit ; puis venaient, immédiatement après la famille : le conseil municipal, précédé les deux adjoints. MM. D’orange Jean-Baptiste et Jox Désir, l’écharpe en sautoir..

Un cortège énorme suivait, qu’on ne peut estimer à moins de trois mille personnes. L’église en fut si remplie qu’une partie des assistants dut se tenir au dehors, et qu’il arrivait encore du monde, tandis que la cérémonie s’achevait. Au cimetière, autour de la tombe ouverte, se pressait une foule en larmes, et c’est au milieu des pleurs étouffés de l’assistance que les discours furent prononcés. Jamais la douleur publique ne se manifesta avec une telle grandeur. Néanmoins, aux accents vibrants et émus de Clavius, quand l’orateur, dans le mouvement superbe de son improvisation, s’écria qu’Agricole n’était pas mort tout entier, des applaudissements éclatèrent, qui disaient l’intime et angoissante pensée de tous les cœurs. Et la fin de ce discours, que nous reproduisons approximativement, sans pouvoir y mettre toute la chaude et vivante éloquence du maître, fut saluée d’acclamations douloureuses. Ainsi la démocratie fit de splendides funérailles à l’un de ses enfants les plus dignes, qui fut son serviteur zélé pendant une longue vie, à travers toutes les péripéties d’une carrière agitée, que domine la figure toujours calme et souriante du bon citoyen qui vient de nous laisser.

Lerandy Luc


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Ancien professeur d’histoire et de géographie, il a participé régulièrement à la vie culturelle de sa ville. Animateur, membre d’associations, il est aussi un passionné d’histoire. il s'intéresse plus particulièrement à l'histoire de Sainte Marie et à celle des trains des Plantations à la Martinique.

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