Date du jour :02/02/2026

De la Paroisse à la Commune de Sainte Marie

Bientôt les élections municipales ! Et si l’on découvrait l’évolution des institutions politiques et leurs applications à Sainte Marie , les premiers maires de la commune , l’ambiance des campagnes électorales jusqu’en 1983..C’est ce que je vous propose à travers plusieurs articles que je publierai chaque semaine jusqu’en mars 2026

la vie politique de Sainte Marie jusqu’en 2008 (partie I)

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est PhotoScan-4-1024x931.jpg.
Sainte Marie et ses quartiers

Durant la colonisation, le pouvoir politique locale est dominé par les autorités locales : gouverneur, conseil privé, conseil colonial, intendant et planteurs colons.  Entre l’occupation française et la mise en place des paroisses, l’apparition de la commune en 1837, l’abolition de l’esclavage en 1848, la redéfinition du rôle des élus municipaux en 1884… l’organisation de la colonie se fait essentiellement au service d’une classe : celle des planteurs. L’église leur servait de relai. 

La Paroisse

La Martinique était divisée en paroisses (premières organisations territoriales et administratives de l’ile). La paroisse désigne le lieu de culte, l’église et son environnement. C’est aussi un territoire qui est composé d’habitations et d’habitants qui vivent auprès des hommes de couleur et des esclavagisés. Une dépêche royale du 3 septembre 1683, va délimiter les premières paroisses de l’ile. Saint-Pierre, la première, est dévolue aux jésuites qui reçoivent le quartier le Fort et les dominicains le quartier le Mouillage. Ce découpage sera étendu ensuite au reste de la colonie.

 Le territoire de Sainte Marie est limité avec le Marigot par La Rivière Charpentier et avec Trinité par La Petite Rivière Salée et le haut de la rivière du Galion. Les limites de la paroisse Sainte Marie ont été délimitées officiellement par le décret du 17 Aout 1897 et promulgué le 11 Octobre 1897.

Durant la colonisation, Le curé a la charge (la cure) des âmes de ces habitants et doit convertir les esclavagisés qui doivent remplir leurs devoirs de chrétiens depuis le baptême jusqu’à l’inhumation dans le cimetière. L’église représente aussi un lieu de culte particulier pour son saint patron, dont une relique y est généralement conservée (Les reliques de Saint Martial et Saint Jucondin furent scellés au maitre autel de la dernière église de Sainte Marie). Les curés assuraient la formation religieuse des esclavagisés mais transmettaient aussi tous les grands principes de la « civilisation française » et de l’obéissance à leurs maitres.

 La paroisse demeure un cadre pour la vie sociale jusqu’au début du XIXème siècle. On assiste à la mainmise des propriétaires blancs sur les paroisses ; ils contrôlent les curés en dehors de toute considération religieuse ; beaucoup d’habitants offrent un terrain pour la construction des édifices religieux moyennent quelques avantages.

C’est le 8 janvier 1663 que le conseil souverain de l’ile ordonna l’établissement officiel des paroisses de Trinité, Sainte Marie, Marigot et Grande Anse. Elles étaient administrées par les dominicains. Cet ordre religieux dirigea la paroisse de Sainte Marie jusqu’en 1793. Le premier curé signalé dans la paroisse (1679) fut le père Bertrand Fraisse qui était aussi curé de Trinité. Sainte Marie (qui était rattachée à la paroisse de Trinité) est devenue une paroisse à part entière en 1684. Avant 1690, il n’y avait pas d’église à Sainte Marie, pourtant le père Bertrand Fraisse fut nommé curé de Sainte marie et de trinité. C’est la chapelle de Fonds Saint Jacques qui servait pendant 20 ans d’église paroissiale.

 En 1686, un contrat datant du 22 Juillet nous apprend que monsieur Léonard Lacquant, un riche habitant de Sainte Marie a cédé un emplacement d’une superficie de 100 pieds en carré à la paroisse de Sainte Marie, pour y construire une église et un cimetière. En échange, il reçut un banc à l’église et une sépulture gratuite à perpétuité au cimetière pour lui et sa famille. L’église fut construite à l’emplacement actuel de la salle des arts martiaux. L’église de Sainte Marie, desservait en 1700, une population qui s’élevait à 1065 personnes soient 238 colons, 3 mulâtres, 824 esclaves qui travaillaient dans 11 habitations sucrières.

Au premier niveau (en bas): la première église de Sainte Marie

 L’église paroissiale est aussi un lieu de réunions et d’informations : c’est au sermon dominical que sont lues les proclamations émanant de l’évêque, du gouverneur ou du pouvoir royal. Circonscription administrative et religieuse, la paroisse est la cellule de base de la fiscalité et c’est un rôle essentiel de l’assemblée de paroisse (le conseil de Fabrique) qui doit répartir la somme fixée pour l’entretien des édifices religieux. Le gouverneur qui détient pratiquement tous les pouvoirs : militaires et administratifs est le relai du pouvoir royal de la France coloniale. Il est assisté d’un conseil (le conseil privé). Il attribue les paroisses à un ordre religieux (capucins, jésuites, dominicains). Il y a fusion entre pouvoir politique et pouvoir religieux.

Le gouverneur contrôle et organise les paroisses.  La paroisse est une organisation qui se met en place autour de l’église. Son pouvoir est limité puisque les décisions qui sont prises ne concernent que les travaux de l’église, du presbytère, du cimetière et du personnel de la paroisse.

L’administration de la paroisse est redéfinie par l’ordonnance du gouverneur et de l’intendant du 11 Mai 1726 puis l’arrêté du septembre 1829. Fort Royal et Saint Pierre ont un statut spécial. Le décret de Septembre 1792 a confié aux paroisses la tenue et la garde des registres d’état civil (naissance ,décès, mariage, reconnaissance,..). Cette décision ne sera appliquée qu’en 1806 sous le Premier Empire. La paroisse se voit attribuer les pouvoirs d’une future commune.

 Au début du XIXème on compte 27 paroisses dans la colonie. A la tête de la paroisse on trouve le commissaire commandant et parfois un lieutenant commissaire qui représentent le gouverneur. Le commissaire est désigné par le gouverneur et l’intendant. Il est doté de fonctions judiciaires, chargé essentiellement de la police et du maintien de l’ordre dans la paroisse

La paroisse est dirigée par un conseil de Fabrique qui compte au moins une douzaine de personnes. Ce conseil n’est composé que des propriétaires blancs des habitations donc une minorité. (Les hommes les plus riches de la colonie). Les hommes de couleurs libres et les esclavagisés y sont exclus. Le conseil décide essentiellement des impôts qui seront prélevés dans la paroisse pour la construction ou l’entretien des bâtiments et structures religieuses. L’église et les édifices religieux sont les seuls biens communs ou publiques qui existent dans la colonie. Eglise et état, religieux, gros propriétaires terriens et municipalité contrôlent le conseil de Fabrique. La colonie de Martinique compte au début du XIXe siècle, près de 90 % d’esclaves par rapport à leur population totale. Des mouvements de résistance, de révoltes des esclaves s’accentuent. Les Habitants ont peur et utilisent les institutions pour maintenir et renforcer leur pouvoir.

La commune

Ancienne mairie de Sainte Marie

En 1829 la Martinique est divisée administrativement en 27 quartiers, calqués sur les paroisses. Le débat pour la création des communes est intense. Les propriétaires terriens s’y opposent car ils y voient une perte de pouvoir notamment face à la montée des hommes de couleur libres qui luttent pour leurs droits civiques. Les blancs se battent pour que le conseil colonial créé en 1833 et qu’ils contrôlaient, jouent un rôle central dans la gestion de la colonie. Les débats au conseil colonial avec le pouvoir central (ministre des colonies) pour la création des communes est long. Les habitants font tout pour retarder sa naissance. Le gouvernement central s’est imposé très lentement. En 1833, La monarchie de Juillet a bousculé l’ordre établi dans les colonies : les hommes de couleur libres ont les mèmes droits civiques que les blancs qui ont peur de perdre leur influence et les colonies. Le Conseil colonial fait tout pour défendre les privilèges des grands propriétaires à travers un certain nombre d’amendements : découpage électoral, conditions pour être électeur et éligible, …

L’ancien blason de la ville de Sainte Marie

L’institution municipale nait finalement en 1837 à la Martinique. Elle est définie par les décrets coloniaux de 1837. Le décret du 12 juin 1837 établissait la division de la colonie en communes. Les paroisses sont transformées en communes.  Certaines communes sont constituées de plusieurs paroisses. On donne naissance au départ à 20 communes en 1837 pour réduire les frais (mairie, personnel municipal) puis on passa à 26 vers 1862, 32 en 1889 et enfin 34 en 1904.

Les premières élections ont lieu en Septembre 1837. Les arrêtés de nomination des conseils municipaux sont pris jusqu’au 2 octobre. Les deux premiers maires de Sainte Marie sont:

  • Ermont Aimé en 1837
  • Ferment Philippe Michel en 1838

Coup de théâtre : le gouverneur suspend l’application de la loi de Juin 1837. Les raisons invoquées sont l’absence d’enthousiasme pour appliquer cette loi et le manque de moyens financiers pour faire fonctionner l’institution. Les communes ne disposent d’aucun bien et les conseillers généraux s’opposent à la levée de nouvelles taxes. Finalement une idée nouvelle venant de la Guadeloupe réglera le problème : c’est la mise en place d’une taxe sur l’importation des marchandises dans les colonies : l’octroi de mer.

une taxe est perçue par la commune sur les marchandises qui étaient embarquées sur le port de Sainte Marie

Finalement, Le 17 mai 1839, le gouverneur de Moges met en application le décret du 12 juin 1837. Pour être électeur, il faut payer un cens (200 frcs) ce qui exclus la grosse majorité des habitants. Le double vote est accordé aux riches qui possèdent une propriété dans une autre commune. Le droit de vote est accordé aux hommes de plus de 25 ans. Les Habitants ont la mainmise sur cette nouvelle institution. Les premiers conseils municipaux sont constitués de colons planteurs. La commune de Sainte Marie est dotée d’un conseil municipal de 10 membres : un maire, un adjoint et neuf conseillers municipaux. La première mairie est construite en 1844, rue de l’église. Lalanne- Dufonds Jacques François devient maire de sainte marie de 1839 à 1841

Malgré la naissance de la commune, la collusion entre pouvoir spirituel et pouvoir politique reste très forte.

En 1848, le décret d’abolition (27 avril) de l’esclavage dans les colonies françaises et l’ensemble des décrets qui l’accompagnent sont considérés comme étant une rupture avec l’ancien régime. Du XVIe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle, les planteurs, l’administration locale et l’église ont utilisé régulièrement arrêtés et ordonnances pour renforcer le système esclavagiste qu’ils avaient mis en place avec le soutien du gouvernement central.

Une législation dense et sans cesse renouvelée permettait aux planteurs de consolider et surtout de légitimer leur pouvoir sur une classe sociale archidominée : les esclavagisés

L’abolition de l’esclavage : la rupture

En Avril 1848, le gouvernement provisoire républicain proclamait l’abolition de l’esclavage dans les colonies. L’application est retardée car les colons, les négociants veulent être indemnisés, définir le nouveau régime du travail, et encadrer des esclaves libérés.

Seulement les esclavagisés n’attendent pas. Ainsi en mai 1848 ils se révoltent et obtiennent l’abolition le 22 et 23 Mai 1848. Perrinon, porteur du décret d’abolition datant du 27 Avril a dû adapter ses positions pour protéger les colons et réorganiser le travail dans la colonie.

Victor Schœlcher qui avait été nommé sous-secrétaire d’État aux Colonies et président de la Commission d’abolition de l’esclavage proposa une version de l’article premier du décret : « L’esclavage sera entièrement aboli dans les colonies et possessions de la France six semaines après la promulgation du présent décret dans chacune d’elles. Tous les affranchis deviennent citoyens français. »

C’est la suppression des conseils coloniaux et des délégations de planteurs auprès du pouvoir central. Les débats sur les modes d’élection pour la représentation des colonies à l’Assemblée nationale et l’application du suffrage universel masculin dans les colonies furent intenses.  François-Auguste Perrinon, homme de couleur libre, originaire de la Martinique, membre de la commission d’abolition, jugea que les esclaves n’étaient pas prêts à exercer leurs droits civiques. Malgré ces oppositions on applique à la Martinique, le suffrage universel masculin. C’est un bouleversement de la vie politique car la minorité blanche sera mise en difficulté à pratiquement toutes les élections.

L’ambiance est explosive. Certains esclavagistes résistent. A Sainte Marie, le docteur Lapeyre et des blancs récalcitrants doivent fuir la ville protégés par des soldats dirigés par le capitaine Faron.

 Le gouvernement central tente de protéger les intérêts des colons planteurs. Ils sont indemnisés de manière proportionnelle en fonction du nombre d’esclaves qu’ils avaient. Les esclaves ne reçurent aucune terre, aucune indemnité. Le système qui fut mis en place consistait à contrôler et exploiter différemment les nouveaux libres.

Plus d’une dizaine de décrets, d’arrêtés…, complétaient le décret d’abolition de l’esclavage. Ils concernaient la suppression des conseils coloniaux, l’instruction publique et l’ouverture d’écoles primaires gratuites et obligatoires pour les enfants, filles et garçons, âgés de six à dix ans, des cours pour les adultes. Victor Schœlcher a confié ces écoles aux frères de Ploërmel et aux sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Le 10 Janvier 1866 une école primaire rural est créée à Fonds Saint Jacques sous la direction des frères de Ploërmel. La congrégation des sœurs Saint Joseph de Cluny est arrivée à Sainte Marie en 1854. Elle s’occupe de l’éducation des jeunes filles. Elle remplace les sœurs de Saint Paul.

Le travail fut réorganisé. On procéda à l’ouverture d’ateliers nationaux et d’ateliers de discipline. Des jurys cantonaux sont chargés de régler les « contestations relatives au travail ». La commission estimait que « le travail est la première garantie de la morale et de l’ordre dans la liberté ».

Dans l’article 6 du décret d’abolition, la représentation des colonies à l’Assemblée nationale fut actée. Le décret définissait l’organisation du droit de vote au suffrage universel. Les nouveaux libres devenaient des citoyens. Ils votaient dans différents bureaux électoraux des communes.

La bataille politique entre Schoelchéristes et Bissettistes

Un arrêté du 12 juin 1848 dissout le conseil municipal de Sainte Marie. Louis Michel Litté est désigné maire provisoire de Sainte Marie.

 La campagne électorale d’après abolition fut intense. Les données ont changé. De nouveaux antagonismes sociaux raciaux apparaissent. Les colons planteurs qui ont gardé les terres ont peur. On organisa les campagnes électorales quelques mois après l’abolition. Les candidats issus des loges maçonniques s’empare de la vie politique. Les hommes de couleurs libres appelés mulâtres utilisent le monde politique pour faire avancer leurs idées et affronter les propriétaires d’habitations . Les partis s’exprimaient à travers les journaux et dans des tournées à travers le pays.

La lutte politique oppose dans la colonie, les bissettistes aux schoelchériste. Les bissettistes sont les partisans de cet homme de couleur libre qui a lutté pour l’abolition puis qui s’est rapproché de l’aristocratie blanche et de l’église. Il prône un changement sans bouleversement et un rapprochement entre anciens esclaves et anciens maitres ainsi qu’un oubli total du passé. Les schoelchéristes républicains sont plus radicaux .Ils défendent l’égalité et le progrès social et s’opposent à l’élite économique locale.

Cyrille Bissette
Victor Schoelcher

A Sainte Marie, Le curé l’abbé Jeunehomme se manifeste (il est contre l’émancipation) comme la majorité des hommes d’église.

Il prend position pour les bissettistes et s’oppose au gouverneur Perrinon et au préfet apostolique, l’abbé Pierre Paul Castelli (favorable à l’émancipation). L ‘abbé Jeunehomme tente de se rapprocher du maire de Sainte Marie, un schoelchériste, Jean Baptiste Ignace Fernand Blampuy qui est élu en 1849, le poussant même à refuser de lire une déclaration du gouverneur. Malgré les menaces de renvoi en France, il continue sa lutte et distribue des bulletins de vote, insulte le préfet apostolique, laisse le presbytère à son vicaire l’abbé Fréron qui lui est opposé ; il est soutenu par les propriétaires de Sainte Marie qui lui évite l’expulsion (Pierre Dessales en tête). Les campagnes sont agitées. L’affrontement entre bissettistes et schoelchériste est intense.  L’abbé Jeunehomme avait invité les propriétaires à venir avec leurs ateliers à la rencontre de Bissette à Charpentier pour le protéger des « nègres de Saint Jacques ». En 1850, le curé, du haut de sa chaire, conspue les paroissiens qui ont élu un conseil municipal qu’il combattait. Malade, il annonce son départ. Il apprend que les municipaux fêtent son départ et décide de renoncer à son projet.  Il part finalement en Janvier 1852 mais revient en Novembre pour décéder le 15 décembre ; Dans sa souffrance, il a accusé ses opposants de l’avoir empoisonné. En fait l’abbé Jeunehomme est mort de fièvre jaune.

Sainte Marie est divisée en deux camps : Les campagnes sont en grande partie dominées par les bissettistes et l’usine alors que les habitants du bourg et quelques quartiers sont des partisans de Schoelcher et voient émerger les mulâtres qui se sont emparées de la vie politique. Effectivement les hommes de couleur ont toujours lutté pour avoir les mèmes droits civiques que les propriétaires.

 L’œuvre de Schoelcher sera liquidée par les partisans de l’ordre. Les propriétaires blancs avec le soutien du gouverneur ont repris les choses en main contre les opposants comme certains prêtres, les mulâtres en majorité, partisans de Schoelcher et surtout les nouveaux libres qui depuis Fonds Saint jacques vont mener les premières luttes syndicales de ce pays. Le gouvernement provisoire sera attaqué par les anciens esclavagistes qui vont tout faire pour influencer le pouvoir central à Paris. Ils mettent en avant un danger communiste et un risque de perte de la colonie

Le plus souvent, les anciens planteurs appliquaient la législation comme ils le voulaient avec le soutien du gouverneur. Ils continuaient à contrôler l’église. Les hommes de couleur libres furent exclus des administrations.

Les premiers maires sont tous propriétaires terriens et d’anciens esclavagistes. Beaucoup font aussi partie du conseil de Fabrique qui voit une partie de ses fonctions transférée à la commune.

Effectivement la tension est vive à Sainte Marie qui est considérée comme étant une base du Schoelchérisme et une ville révolutionnaire (rouge). Jean Baptiste Blampuy, un schoelchériste, remporte les élections en 1852. Le gouverneur s’en plaint et décide de nommer un maire provisoire : Château Roland.

De nouvelles élections sont organisées le 25 Avril 1852 et voit la victoire des hommes de l’ordre, des bissettistes. Les schoelchéristes qui contestaient cette méthode s’abstiennent.

Les maires de Sainte Marie de 1837 à 1893

  • Ermont Aimé en 1837
  • Ferment Philippe Michel en 1838
  • Victimes de la suspension de l’application de la loi de Juin 1837, ces deux maires n’ont pas pu exercer leurs fonctions.
  • Lalanne- Dufonds Jacques François de 1839 à 1841

Jacques François LALANNE DUFONDS, est né vers 1785, marie à Grande-Anse le 24.11.1812 a Marie Rose Octavie LEBRUN DUBEAUFOND, fille du sieur LEBRUN DUBEAUFOND et de Marie Rose BOURDAIN, demeurant à Grande-Anse. Il est Propriétaire a Grande-Anse et Commissaire commandant cette paroisse en 1833, c’est le premier maire a exercé ses fonctions 

  • Littée Louis Michel de 1841 à 1848
  • Propriétaire d’une habitation à Fourniols. Il possédait 3 esclaves en 1848 et reçut une indemnisation de 1128.36 frcs. Il reçoit du conseil de Fabrique une concession gratuite au cimetière pour avoir déplacé deux de ses tombes. Président du conseil de Fabrique en 1853. C’est sous sa mandature qu’apparait la première mairie de Sainte Marie
  • Valmont – Montval en 1848
  • Possédait une habitation au Morne Des Esses.il possédait 3 ou 4 esclaves et ne fut pas indemnisé car il avait cédé une partie ou la totalité de ses titres
  • Blampuy Jean Baptiste Fernand de 1849 à 1852
  • A donné son nom à un sous quartier de Bezaudin où il possédait une habitation. Ancien propriétaire d’esclaves. En 1848 il possédait 20 esclaves et fut indemnisé (8250.85 frcs). Il devient un militant schoelchériste
  • Château Roland en 1852
  • Membre du conseil de fabrique
  • Bonneville Bonneterre Louis Etienne de 1853 à 1871
  • Avec son frère il possédait beaucoup d’esclaves et ils reçurent une indemnité de 14091 frcs. Il était soit spéculateur ou créancier de propriétaires d’esclaves. En conflit politique avec le curé. Il recrute des immigrants indiens sur son habitation.
  • Martineau Pierre de 1871 à 1881
  • Propriétaire d’habitations et notamment de l’habitation Fonds Brulé. Il possédait un four à chaux. Il dominait le quartier Belle Etoile. On y trouve la source Martineau et la Pointe Martineau (Anse Azérot). Membre du conseil de fabrique. Une légende attribue le nom du quartier à l’une de ses filles. Il soutient la construction de la nouvelle église avant d’entrer en conflit avec le curé (L’abbé Fabre).
  • Elisabeth Louis Eustache Ange de 1881 à 1883
  • Binet Jules de 1883 à 1886 
  • A soutenu la construction de l’église en reprenant les travaux qui étaient arrêtés
  • Lagaville Marius de 1886 à 1889
  • C’est le 6 Aout 1891 que Monseigneur CARMENE au cours d’une grande cérémonie bénissait l’église Notre Dame de l’Assomption de Sainte-Marie en présence du maire Marius LAGAVILLE.
  • Binet Jules de 1889 à 1892
  • Conseiller général de 1871 à 1894, de 1900 à 1907, de 1913 à 1917
  • Marie Sainte Eucher dit Déclérisse en 1893
  • Il est né le 13.05.1835 SAINTE-MARIE

Si l’on étudie les registres de délibération du Conseil de Fabrique de Sainte Marie de 1851 à 1857, on se rend compte que les élus municipaux et les propriétaires terriens dominent l’institution. Effectivement jusqu’en Septembre 1851, le conseil était présidé par Thénos De Gage, propriétaire d’une habitation à Pain de Sucre ; il était assisté de Sainte Marie Magloire, Roland Château, Prunier, Nestor Mathieu…Il avait été ordonné par Monseigneur Le Herpeur. Le conseil était composé de cinq membres nommés par l’évêque.

Le 22 Septembre 1851, quatre conseillers avaient été nommés par le directeur de l’intérieur (Mr Bontemps). Il s’agissait de Hyppolite Sainte Rose, Litté Robert, Dessales Adrien, Rosie Sully.

Le 1er Octobre 1851 eurent lieu les élections du bureau : Thénos De Gage devient à nouveau président dès le 1er tour, Robert Litté, le secrétaire.

Au XIXème siècle ,l’église de Sainte marie étant trop petite, il a fallu construire un nouvel édifice. Le curé l’abbé Isaure, le conseil de fabrique, la municipalité de Sainte Marie avec son maire, Pierre Martineau unirent leurs efforts pour mener à bien le projet. Cette église fut construite sur un terrain appartenant aux héritiers Seguin Lassalle qui furent expropriés. C’est la ville qui a financé en grande partie la construction de l’église.

l’église de Sainte Marie dans la première moitié du XXème siècle

Les biens de l’églises sont gérés par un marguillier. Il est choisi parmi les habitants les plus riches de la paroisse. Il doit gérer les biens de la paroisse (la location de bancs, l’entretien de l’église…) et s’occuper des conditions de vie matérielle du curé. Le marguillier doit rédiger tous les actes dans le registre du conseil de fabrique. C’est un officier d’état civil.

Sainte Marie, au centre des luttes sociales de la Martinique

Malgré la pression du gouvernement central, Les militants schoelchéristes mènent un travail de conscientisation et organisent les travailleurs des habitations. Les premiers mouvements de contestations apparaissent à Fonds Saint Jacques. Une grève autour du salaire journalier des travailleurs éclate dans la région de Sainte Marie /Trinité en 1882. Le mouvement durera quelques jours. En 1900 débute à Sainte Marie la première grande grève de la colonie. Cette grève marchante part de Fonds Saint Jacques et se déplace d’habitation en habitation pour se terminer tragiquement au François. Le gouverneur a recours à la troupe. On compte au moins une dizaine de morts. Les ouvriers réclamaient une augmentation des salaires. D’autres mouvements sociaux vont agiter Sainte Marie notamment en 1910.

La loi de 1884 met en place un régime d’élection au suffrage universel du conseil municipal. Le conseil municipal est élu pour une durée de 4 ans, durée portée à 6 ans en 1929. Le maire est élu pour la première fois par le conseil municipal. La loi prévoit (article 74) que les fonctions de maire, adjoint au maire, et conseiller municipal, ne font pas l’objet d’indemnités. Elles « donnent seulement droit au remboursement des frais que nécessite l’exécution des mandats spéciaux. Les conseils municipaux peuvent voter, sur les ressources ordinaires de la commune, des indemnités aux maires pour frais de représentation »

Malgré le principe de libre administration des collectivités, la loi prévoit une tutelle du représentant de l’État (le préfet) sur le maire et sur les actes de la commune. 

La loi de séparation de l’église et de l’état est votée le 9 décembre 1905. Elle met fin à l’union église état. Effectivement la loi prévoit la neutralité des autorités publiques dans les affaires religieuses, et assure la liberté de culte. Aucun financement de quelconque religion n’est autorisé. Les cultes dépendent donc des dons des fidèles. Cette décision sera appliquée plus tardivement dans la colonie (à partir de 1912). Le pouvoir politique des propriétaires terriens s’est fortement effrité. Les samaritains vont porter à la tête de la ville des partisans des idées de Victor Schoelcher, défenseurs des travailleurs.

Dans le cadre de la loi de séparation de l’église et de l’Etat, un inventaire est réalisé afin que l’Etat puisse récupérer ses biens. Le curé a mobilisé les croyants pour faire pression sur les émissaires qui n’ont rien emporté. ça s’est passé le 4 Mars 1912 à Sainte Marie .

Les maires de Sainte Marie du 20ème siècle à 1983

Eugène Agricole, maire de 1893 à 1901, président du conseil général de la Martinique en 1882 puis de 1884 à 1885

Désir Jox, maire de 1901 à 1903

Anacharsis Agricole, maire d’Aout 1903 à avril 1910

Joseph Lagrosillière, maire de 1910 à 1936, député de 1910 à 1924 puis de 1932 à 1942, président du conseil général de 1934 à 1940 et en 1945

Rodolphe Richer, maire de 1936 à 1939

Louis Erimée, maire de 1939 à 1941 puis de 1941 à 1955, conseiller général de 1950 à 1962

Emile Yoyo, maire nommé sous l’amiral Robert de 1941 à 1943

Emmanuel Véry, maire de 1955 à 1966, président du conseil général en 1940 député de 1946 à 1966.

Octave Terrine, maire de juillet 1966 à Octobre 1966

Antonin Jérome Mercan, maire de 1967 à 1969, conseiller général de 1967 à 1969

Camille Petit, maire de 1969 à 1983, conseiller général de 1955 à 1967, député de 1967 à 1983, président du conseil régional de 1974 à 1983

Lerandy Luc

Ancien professeur d’histoire et de géographie, il a participé régulièrement à la vie culturelle de sa ville. Animateur, membre d’associations, il est aussi un passionné d’histoire. il s'intéresse plus particulièrement à l'histoire de Sainte Marie et à celle des trains des Plantations à la Martinique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.