Le Pain De Sucre est l’un des premiers quartiers de Sainte Marie. Il est situé en altitude, entre les quartiers de Fonds Saint Jacques et Reculée au Sud, et le quartier Dominante du Marigot. Pain De Sucre se trouve à 7 kms du bourg de Sainte Marie.

Le Pain de sucre compte plusieurs sous quartiers ou hameaux : Charpentier, Desroses, Habitué, Trou Grec ou Fond Grec, Robin, La Ferme, Morne Elie…

Le trou Grec est une zone très dénivelée  qui se distinguait par la rudesse de ses habitants au travail comme dans la vie quotidienne. On y accédait à dos de mulet ou à pied. Rares sont ceux qui s’y aventuraient. Les travailleurs           étaient réputés pour leur  courage et leur force.

Un quartiers de mornes

Les limites du Pain De Sucre longtemps imprécises intègrent le Charpentier qui donne à ce quartier, un espace côtier très important et une baie très profonde. D’ailleurs l’origine du nom Pain De Sucre tire son nom de cet atout maritime.  Le quartier est situé face au rocher dont il tire le nom (Certains parlent de l’ilet Pain De Sucre). Situé en hauteur, il domine ce rocher.

Le Pain De Sucre est un quartier bien arrosé. On y trouve la rivière Charpentier et des sources qui se font de plus en plus rares. Les débits ont diminué ou se sont asséchés rapidement. On peut citer les sources : Brillant, « An Bébé », Bernadine, « Trou mouton », La treille, Toufoulou, Cocolo

La Pain De sucre est une région agricole. On y trouve des habitations bananières mais surtout beaucoup de jardins créoles. Les cultures vivrières y abondent sur ces terres pentues aux accès difficiles.

Sur le plan de la végétation, le Pain De Sucre propose une curiosité : ce fameux palmier séculaire qui domine la région et qui est visible à plusieurs kilomètres à la ronde. Ce palmier se trouve à Desroses et servait de repère aux marins pécheurs. Beaucoup d’histoires existaient autour de la présence de cet arbre géant. On parlait jusqu’à récemment de quimbois et de la présence de zombis.

L e rocher de Pain De Sucre

 

                                                                 Origine du nom

Le Pain De Sucre dire son nom d’une presqu’ile (ou d’un rocher).

Le rocher du Pain de Sucre qui forme un petit cap escarpé est une spectaculaire particularité géologique de la Martinique. Ce secteur est un site de nidification d’oiseaux marins de haute mer, comme la sterne bridée et la sterne de Dougall

On peut avancer trois hypothèses pour comprendre l’origine du quartier :

  • Le Pain de Sucre est un gâteau de couleur rose que l’on fabriquait il y a des années
  • Les deux hypothèses les plus vraisemblables sont :
  • Le Pain de Sucre est un morceau de sucre de forme conique que l’on fabriquait dans les habitations sucreries. Ce rocher a la forme d’un pain de sucre. C’est l’hypothèse généralement admise.
  • Il existe aussi ce célèbre Pain De Sucre de Rio de Janeiro. Il faut dire que la ressemblance est frappante et l’on pourrait s’interroger sur le choix de ce nom. Quel rapport avec le Brésil ?   Il faut remonter au XVIIème, au moment où les premiers habitants se sont installés dans la région.

    on a trouvé des traces des Kalinas dans la baie
Plan des premières concessions au XVIIème d’après Sobesky

Nous sommes en 1658. Après avoir refoulé les kalinas vers l’Est, le rythme d’occupation de la Capesterre par les français s’accentua. En partant à la conquête de l’ensemble du territoire, les colons avaient un objectif : faire de ces terres une colonie d’exploitation au profit du royaume de France. La baie de Charpentier fut un lieu privilégié pour le débarquement des colons et devient au XVIIème, un espace où a eu lieu une importante activité maritime et commerciale. En 1993, une quinzaine d’ancre de bateaux fut localisée à environ 100 mètres de la cote ainsi que des formes à sucre. Des vestiges de maçonneries ainsi que des tessons de céramique et de faïence laissent à penser qu’il existait un débarcadère (quai) pour l’embarquement et le déchargement de marchandises liées aux activités des habitations notamment de l’habitation Pain de Sucre (à Ténos). La baie fut aussi le théâtre de bataille entre les colons et les anglais.

Les bandes côtières sont occupées par les colons

Une fois la région conquise, Il a fallu défricher toutes ces terres. L’opération débuta avec les dominicains et les premiers habitants. Le défrichement s’effectua de la mer vers l’intérieur des terres. Ainsi on vit apparaitre des habitations. Madame Duparquet incita les colons à s’installer dans la région en les exemptant de tous les droits. Les terres sont concédées aux habitants avec obligation de les planter dans les deux ans.  Au début, le gouverneur cédait gratuitement des terres d’une superficie de 200 pas de largeur sur 1000 pas de longueur. C’était des bandes de terres qui partaient du bord de mer pour l’intérieur des terres. Les habitants les plus influents avaient des concessions plus grandes. Les colons mettent en place de petites habitations et cultivent en particulier du pétun pour l’exportation mais aussi des vivres pour la consommation dans la colonie. Très rapidement les habitants ont fait venir des esclaves.

Exploités, les esclaves se sont parfois révoltés

La Martinique est divisée en compagnie puis en quartiers. Les habitations qui composaient un quartier portaient le nom de leur propriétaire.  Un recensement est réalisé 1664. Le quartier de Fort Sainte Marie est clairement défini même si la limite avec Trinité et le Marigot reste floue. Le quartier de Fort Sainte Marie fait partie de la Compagnie de La Garenne. Cette compagnie s’étend du Marigot jusqu’à la Pointe de La caravelle. Les cinq premières concessions de sainte Marie sont :

  • La concession De François Le Vassor (Marigot, pain de sucre)
  • La concession des Dominicains (Fonds saint Jacques)
  • La concession Birot
  • La concession Picquet De la Calle
  • La concession Lacquant

Ces propriétés vont donner naissance aux premiers quartiers de Sainte Marie. Ils sont tous situés sur la côte et sont constitués d’habitations. Après avoir chassé et exterminé les kalinas de la région, des colons français débarquent dans cette baie de Pain De Sucre, l’un des rares lieux de débarquement favorables de la région.

Le quartier de Pain de Sucre compte en 1664, 16 habitations. Ce sont des propriétés qui ont une superficie générale de 1000 pas de long sur 100 pas de large. Parmi les premiers habitants, on trouvait François Levassor, Pierre Birot, ou Adrien le Seigneur qui avait la plus grande propriété du quartier. Elle faisait 200 pas de large pour 2000 pas de long. Sur la propriété de François Levassor, on trouvait un moulin à bœufs et la première sucrerie du quartier. Un recensement de 1671 nous apprend que François Samuel Levassor de Latouche possédait une habitation qui avait une superficie de 100 pas de large sur 1000 de long soit environ 12 hectares. Seuls quatre dixièmes étaient exploitées.  Cette habitation fut vendue à Pierre Birot qui possédait déjà une habitation dans le quartier.

Pierre Birot était propriétaire terrien mais fut aussi substitut du procureur du roi, notaire et arpenteur royal

Gabriel Raffin possédait une cacaoyère sur son habitation de Pain De Sucre.

Encore visible, le moulin à vent de l’habitation Ténos risque de disparaitre

Les autres habitations sont plantées en tabac et en vivres. Le Pain De Sucre fait partie des plus anciens quartiers de Sainte Marie

A côté du Pain De Sucre, se trouve le quartier du Charpentier qui relie Sainte Marie à Marigot. On y trouve 4 propriétés dont celle d’Abraham Bueno. C’est un juif hollandais qui comme beaucoup d’autres a fui le Brésil après la conquête des portugais en 1654(il vivait à Rio de Janeiro). Il faisait partie de ces 300 juifs hollandais qui ont été accueillis à la Martinique et qui y apportèrent la culture de la canne à sucre.  Abraham Bueno était un riche marchand qui possédait l’une des plus grandes propriétés du secteur Pain De Sucre/Charpentier. Elle avait une superficie de 400 pas de large pour 1500 de long. Ce personnage puissant plantait de la canne à sucre et des vivres. Abraham Bueno avait 60 ans lorsqu’il est arrivé dans le quartier. Il était accompagné d’Abraham Baron (30 ans), de La Roulière (30 ans) son serviteur et de 5 esclaves. On peut penser qu’en souvenir de son passé brésilien, c’est lui qui aurait baptisé ce rocher qui se trouvait face à ses terres : le Pain De Sucre comme on en trouve dans la baie de Rio.

Le Pain de Sucre de Rio De Janeiro

Ce nom serait devenu celui du quartier qui s’est développé dans les hauteurs. Les habitations sucreries ont animé la vie économique et sociale de la région.

Le Pain De Sucre de Sainte Marie

Le Pain De Sucre a connu jusqu’à nos jours, un passé agricole et industriel intense lié au monde de l’habitation.

La baie de Charpentier fut un important lieu d’activités commerciales et maritimes

Du XVIIème au XIXème, le Pain De Sucre a connu des restructurations de propriétés, des mouvements de révoltes d’esclaves dans les habitations. Après l’abolition de l’esclavage on assiste à la lutte pour l’application des nouveaux droits ; L’affrontement entre bissetistes et scholchéristes est intense. Le 28 avril 1849 a lieu sur l’habitation Dessales une rencontre entre Pierre Dessales et Charles Bisette ; cette rencontre ne met pas fin aux tensions qui agitent Sainte Marie. Le gouverneur dénonce le conseil municipal. L’abbé Jeunehomme avait invité les propriétaires à venir avec leurs ateliers à la rencontre de Bisette à Charpentier pour le protéger des « nègres de Saint Jacques ».

Au XIXème on trouve les habitations Charpentier et Pain De Sucre. Elles existeront jusqu’au XXème siècle. A côté de ces grosses unités existaient de petites structures artisanales. L’habitation Le Charpentier est née du démantèlement de l’ancienne propriété de Louis Levassor, ami proche de Pierre Dessalles. L’habitation Le Charpentier devient la propriété de Mr De Ferbeaux. Ténos De Gage qui est arrivé dans la colonie en 1840 a acheté l’habitation Pain De Sucre qui appartenait à Mrs Costet et Loison.

Le Pain De Sucre s’est développé à la fin du XIXème siècle avec l’Habitation Lagrange.

L’habitation Lagrange est située le long de la rivière du lorrain au Marigot. Elle avait une superficie de 136 hectares vers les années 1880/1890. Au départ, propriété de la famille Platet De Lagrange Buée, l’habitation fut achetée par les héritiers Assier De Pompignan. Pour faire fonctionner son usine au maximum, en plus de la production de canne à sucre sur ses terres, les propriétaires firent l’acquisition d’habitations voisines comme celles du Charpentier et de Pain De Sucre (aux enchères). L’habitation du Charpentier fut vendue 68000 francs alors que celle de Pain De Sucre couta 50000 francs.

Les actionnaires devaient régler le problème de transport de la canne depuis les champs de Charpentier et de Pain De Sucre jusqu’à l’usine. Pour les régions escarpées, l’utilisation des mulets et cabrouets fut utilisée. Les paquets de canne à sucre étaient stockés dans des zones de regroupement appelées gares. Une ligne de chemin de fer arrivait jusqu’à la zone basse de l’habitation Charpentier. Les wagons de canne à sucre, se dirigeaient vers l’usine du Lorrain.

Pour acheminer la production de canne à sucre de Pain De Sucre vers l’usine du Lorrain, un téléphérique, appelé « Oplane » ou câble, fut mis en place vers 1914 par G. Assier De Pompignan. Les piles de canne( environ 500 kilos) étaient chargées dans des paniers qui glissaient sur des câbles jusqu’à l’usine. Le téléphérique partait des hauteurs de Charpentier et la benne se dirigeait vers l’usine. c’était la station de départ comme le précise Philippe Bally.  Ce système de coulisse partait du lieu dit « Morne au Vent » pour amener la canne à sucre sur la rive droite de la rivière Charpentier où le chargement était transféré dans les wagons qui étaient en place sur la voie ferrée .

Le Pain De Sucre a connu tout au long de la deuxième moitié du XIXème et au XXème d’importants mouvements ouvriers dans les plantations de canne à sucre.

De nombreuses grèves sont partis de cette région. On peut citer le célèbre mouvement ouvrier de 1900.

Un groupe de travailleurs de l’habitation Fonds Saint Jacques en grève s’est rendu vers l’habitation Pain De Sucre pour les mobiliser. Ils réclamaient 2 francs la tâche. Le commandeur proposait 1.25 frs. Pour monsieur Bernus le gérant de l’habitation Pain De Sucre, une trentaine d’ouvriers agricole les ont rejoints. Ils sont restés en grève durant une quinzaine de jours.

Des ouvriers agricoles de l’habitation Charpentier se mirent aussi en grève. Le gérant, monsieur Milon De Sainte Claire n’a pu empêcher cette mobilisation. Les travailleurs de ces trois habitations se lancèrent dans ce que l’on a appelé les grèves marchantes et ils prennent la tête de ce mouvement social qui allait marquer l’histoire de la Martinique.

On peut noter l’existence des habitations Charpentier et Pain De Sucre jusqu’en 1955.

 

Ce palmier est le plus vieux témoin de l’histoire de notre ville

Le Pain De Sucre du XXème siècle à aujourd’hui

Economie/ commerce

Les habitants vivent surtout de l’agriculture sur de nombreuses petites parcelles qui sont en pente. Les anciens se souviennent encore des taches effectuées dans les grandes habitations comme les habitations Charpentier, Thébault ou la distillerie de Félix Renard

On trouvait de petites boutiques ou épiceries comme les épiceries Ostally, Dupont, Desroses, Martiny, Monnard, Fortuné, Man Mano ou celle de l’habitation Thébault.

Un fabrique de béton et matériaux de construction

On peut considérer aujourd’hui que l’Anse Charpentier reste le secteur le plus actif du quartier. Le long de la RN 1 se sont installées de petites industries comme cette fabrique de bétons et matériaux de construction ou ce centre d’empotage de la banane ou ce restaurant très touristique. Il y a quelques années on trouvait une entreprise de pisciculture et une cuisine industrielle.

La baie de Charpentier accueillait une entreprise de pisciculture

 

La nouvelle cité scolaire

Aujourd’hui le quartier Charpentier connait une profonde mutation puisqu’il accueille une cité scolaire avec un collège et un lycée.

collège et lycée se côtoient

Jusqu’aux années 50, le quartier était formé de maisons en paille. Les familles les plus aisées possédaient des maisons couvertes de feuilles de tôles comme les familles Drané et Baflast.

Pour la naissance des enfants dans le quartier, on faisait appel aux matrones comme Mmes Rosanna Augustine, Bidi Bajal, Lili Joli ou Merfan

l’ancienne école de Pain de Sucre

On organisa très tôt des cours pour adultes qui étaient surtout assurés par des militants syndicaux et politiques. En Octobre 1955, on trouvait trois classes à Pain De Sucre qui accueillaient 98 élèves. Quelques années plus tard, la municipalité socialiste de Sainte Marie supprimait ces cours sous prétexte qu’on y faisait de la politique. Elle supprima ensuite les cours surveillées. Le délégué du maire a expliqué cette décision par des impératifs budgétaires.

En 1959, un conflit oppose la commune aux balayeuses et filles de salles de l’école de Pain De Sucre pour des problèmes d’approvisionnement en eau de l’école et de salaires.

La nouvelle école de Pain de Sucre fut construite en Septembre 1965 sur le terrain d’un privé.

Après de travaux elle fut rénovée et réouverte le 24 Février 1972.

Pour l’année 1975/1976, c’était une école mixte qui comptait 425 élèves répartis dans 14 classes.

Aujourd’hui l’école de Pain De Sucre a fermé devant le faible nombre d’élèves.

La chapelle catholique

Le quartier possède plusieurs chapelles dont une chapelle catholique, la plus ancienne, qui fut rénovée par le père N’Goma. Elle fut construite sur le terrain de la famille Ostally

Des fêtes étaient organisées régulièrement dans le quartier. Les anciens se souviennent des soirées bèlè / damié organisées par Man Cincinnatus.

La chapelle adventiste

A part le palmier, on trouve le seul moulin à vent encore visible à Sainte Marie. Il risque de disparaitre faute d’entretien et de rénovation.

Personnalités

Le quartier a donné naissance à de nombreuses personnalités :

 

 

 

Edouard Desroses, premier pilote de ligne martiniquais (voir article dans site)

Un sous quartier est associé à son nom de famille et une salle de l’aéroport Aimé Césaire porte son nom.

 

 

 

 

 

 

 

Riffard Lordinot, directeur d’école et grand militant communiste et syndical. Membre fondateur de la SICA de Fonds Saint Jacques et de la société mutualiste « Vers La Lumière ».

 

 

Emile Joli, danseur de Damyé.Il était considéré comme un des grands majors de la Martinique. Il sillonnait la Martinique pour défier les majors de l’ile.

 

 

 

Dédé Duguet, Homme de théâtre, conteur et comédien. Il est surnommé Misiè Dédé. Il s’est spécialisé dans le conte et le théâtre traditionnel

 

 

 

 

 

 

Guy Lordinot ,Homme politique, leader du Renouveau de Sainte Marie. maire de Sainte Marie de 1983 à 2004, député de 1988 à 1993 dans la première circonscription de Martinique. Conseiller régional de 1990 à 1991

 

 

 

 

Lerandy Luc

 

 

 

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