Anse Azérot
ancien four à chaux

En se baladant le long des côtes de Martinique, nous découvrons parfois, perdus dans la nature, les vestiges de fours à chaux dont quelques-uns sont parfaitement conservés. A Sainte Marie, on en a repéré quatre. Ils sont tous situés entre Trinité et Sainte Marie, dans la zone Anse Dufour/ La Richer sur la cote Atlantique.

On en trouve deux à l’Anse Azérot (Au sud du bourg de Sainte Marie) dont un qui est visible le long de la plage.  L’anse Azérot se trouve entre la Pointe Martineau et le Morne Bataillon. C’est la dernière plage de la côte Nord Atlantique.

Le Four à chaux de l’Anse Azérot se trouve à l’entrée de la plage juste à côté des ruines d’une distillerie.

Ce four à chaux, a fait récemment l’objet d’une réhabilitation grâce au chantier d’insertion « Entre nature et culture » mis en place par l’AMISOP (Association martiniquaise pour l’insertion sociale et professionnelle) en collaboration avec la ville de Sainte Marie. La réhabilitation de cet édifice remet en valeur la richesse historique et patrimoniale de cet espace.

La plage de l’Anse Azérot, un havre de paix

Aller à la plage de l’Anse Azérot et découvrir une partie du patrimoine de la ville de Sainte Marie et de la Martinique est une opportunité à ne pas laisser passer.

Les fours à chaux à la Martinique

La production de la chaux à la Martinique était essentielle dans le développement de la colonie dès le XVIIème siècle. La chaux est entrée dans le développement économique de la Martinique et notamment dans la construction des bâtiments, dans l’agriculture puis dans la fabrication du sucre de canne.

La chaux est fabriquée à partir de résidus de madrépores ou coraux et de coquillages(souvent des conques de lambi) . les coraux sont récupérés dans les anses généralement à quelques dizaines de mètres de la plage . Madrépores ou coraux sont des matières calcaires. Au départ, le madrépore est une plante marine vivante qui morte devient un corail perforé.  Avec la lumière et la chaleur, il devient un squelette calcaire qui blanchie. Les coraux sont souvent couverts d’algues et forment des colonnes. La prolifération des madrépores donne naissance à des récifs, barrières ou atolls.

 

Les fours à chaux étaient très nombreux à la Martinique. Il est très difficile d’en évaluer le nombre mais on peut penser qu’il en a existé entre 250 et 300.

L’importance de la chaux se retrouve dans la toponymie. Dans plusieurs lieux en Martinique, on le retrouve : les quartiers Four à Chaux au Lamentin ou au Robert, l’Anse Four à chaux au Carbet, La Pointe à Chaux à Trinité …

Le travail réalisé par Laurence Verrand et Nathalie Vidal de l’association pour les fouilles archéologiques national et le service régional de l’archéologie en Martinique et publié dans le journal « Journal of Caribbean Archéology nous donne de précieuses informations.

On trouve des fours à chaux dans toute la Martinique. Ils sont surtout situés le long des côtes, à proximité de la matière première : le corail (terme que déteste le père Labat qui préférait le terme de plante à chaux) . Les  fours à chaux sont toujours en hauteur, sur un monticule. On en trouve depuis Basse Pointe jusqu’au lamentin où existaient encore récemment les derniers fours en fonctionnement.

Fours à chaux et colonisation

Dès le début de la colonisation au XVIIème siècle, on assiste à la mise en place de la production de chaux dans la colonie. L’utilisation de la chaux était essentielle, dès le départ, dans la construction des bâtiments en pierre. Elle entrait dans la fabrication des mortiers et des enduits mais on l’utilisait aussi pour amender les cultures et pour la cuisson du sucre(purification).

On retrouve des témoignages sur l’utilisation de la chaux dans la mise en place des habitations à la Martinique mais elles sont très peu mentionnées dans la description des habitations et notamment dans les comptes rendus des notaires. 

Dans sa collection « Nouveau voyage aux Isles d’Amérique », le père Jean Baptiste LABAT nous fait une description de l’utilisation de la chaux dans la colonie. Pour reconstruire les bâtiments de l’habitation des pères dominicains de Fonds Saint Jacques, à la fin du XVIIème siècle, il fit construire un canot par deux mulâtres charpentiers du bourg de Sainte Marie. Le canot avait une longueur de 29 pieds soit 8,40 mètres pour une largeur de quatre pieds soit 1,22 mètres. Cette barque qui ressemblait à une pirogue était destinée à la pêche et au transport de la plante de chaux (nom qu’il donnait au corail ou madrépore). Le père Labat recruta un jeune homme de la paroisse de Sainte Marie pour pécher les madrépores dans une anse : Ance Sazérot (aujourd’hui Anse Azérot).

Il existait deux manières de pécher la plante à chaux :

  • Les occupants de la barque tiraient une corde qui avait été attachée à la plante qui se trouvait en profondeur (moins de trois brasses de profondeur)
  • Le pêcheur récupérait directement la plante qui était en surface ou à très faible profondeur dans l’eau.
  • On récupérait aussi de la chaux sur la plage (Elles sont cassées et ont dérivées jusqu’à la plage). La plante durcie à l’air.

A l’époque, on utilisait aussi la chaux appelée gingembre, les conques de lambis, les casques, les porcelaines et autres coquillages.,

 La chaux récoltée était stockée sur la plage, face au four pour sa transformation.

L’habitation Fonds Saint Jacques était construite au début en grande partie en bois. Lors de sa reconstruction, on utilisa la pierre et pour fabriquer les enduits et le mortier, le père Labat utilisa la chaux et le sable. La chaux était fabriquée à l’Anse Azérot dans un four que le père dominicain avait fait construire. Ce four a aujourd’hui disparu.  Aucune trace de four n’a été repérée à Fonds Saint Jacques.

On a dénombré en 1783 un four à chaux à Sainte Marie puis entre 1785 et 1789, trois fours à chaux.

Tous ces fours étaient implantés sur la cote dans la zone La Richer/ Anse Dufour. On peut penser que ces fours alimentaient en chaux, les habitations de la région Sainte Marie – Trinité

N° 471- Arrêté autorisant M. Pierre Martineau à établir un four à chaux à Sainte Marie.

Nous, Maitre des requêtes, Gouverneur de la Martinique,

Vu l’arrêté du 3 Janvier 1845, concernant les établissements dangereux , incommodes ou insalubres; Vu la demande formée par le sieur Pierre Martineau, à I ‘effet d’obtenir I ‘autorisation d’établir un four à chaux sur un terrain situé dans la portion du littoral contiguë à son habitation, dans la commune de Sainte Marie; ledit terrain borné au nord par les sables du rivage , à I ‘est et à l’ouest par le terrain des cinquante pas réservés au besoin au domaine public et dont M. ,Martineau à la jouissance, au sud par la route n°9, conduisant à la Trinité;

Vu les publications faites dans le journal officiel de la colonie et par affiche apposée à la mairie .de Sainte Marie

 Vu l’avis du conseil municipal de la commune en date du 26 février 1868 –

 Considérant que les formalités prescrites par I ‘article 3 de I ‘arrêté ci-dessus visé ont été accomplies sans qu’aucune opposition ait été formée contre la demande dont il s’agit.

Sur le rapport du Directeur de l’intérieur ;

 Le conseil privé entendu,

 Avons arrêté et arrêtons :

 Art. 1er. M. Pierre Martineau est autorisé à établir un four à chaux à Sainte Marie, sur le terrain ci-dessus désigné.

 Art. 2. Le Directeur de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent arrêté, qui sera inséré au Moniteur et au Bulletin officiel de la colonie.

 

 Fort-de-France, le 4 août 1868.

 Signé C. RERTIER

 

 

Le four à chaux de l’Anse Azérot

 

une case en terre et en paille sur la plage au milieu du XXème
Un ancien village de pécheurs comme celui de l’Anse Dufour
Les madrépores donnent naissance à des récifs

L’Anse Azérot est située sur une grande chaine de madrépores qui relie la Caravelle au rocher de Pain De Sucre. C’est une réserve de plantes à chaux. Le nom Sasérot vient d’un propriétaire qui habitait la région et qui a donné son nom au secteur. Anse Sasérot devient Anse Azérot

Le premier four à chaux fut construit au début du XVIIIème siècle, par le père Jean baptiste Labat dans le cadre de la modernisation de l’habitation monastique de Fonds Saint jacques.

L’Anse Azérot fut l’une des premières zones de cultures coloniales de la région.

Les premiers habitants étaient les kalinagos, qui vivaient le long de la Rivière Salée, entre Trinité et Sainte Marie.  Ils ont été expulsés pour la plupart par les colons français. Après avoir refoulé ces autochtones vers l’Est, le rythme d’occupation de l’ile par les français s’accentua. Ils travaillaient sur les petites habitations et cultivaient en particulier du pétun pour l’exportation mais aussi des vivres pour la consommation dans la colonie. Les nouveaux venus sont appelés engagés ; ils travaillaient pour un seigneur propriétaire et s’engageaient pour 36 mois ;   A l’issue de cette période, ils recevaient une concession gratuitement (un lopin de terre) qu’ils devaient cultiver.

Les premières habitations sont très étirées et étroites.

Les premières habitations sont très étirées et étroites. Elles avaient une ouverture sur la mer. La Martinique est divisée en quartiers.

Les habitations qui composaient le quartier portaient le nom de leur propriétaire.

Le premier recensement qui a été réalisé à la Martinique date de 1664. On compte, quatre compagnies  (Prêcheur, Saint Pierre, Carbet et Case Pilote).  Ce recensement intègre la compagnie de milice de Trinité/Sainte Marie. Ce recensement a été établi par « Caze » ou propriété. On y indique le nom du propriétaire, son prénom, son surnom, sa femme, ses enfants, les blancs (engagés) qui vivent avec eux, leur âge, métier, le lien de famille ou de subordination avec le propriétaire, le nombre d’esclaves (hommes, femmes, enfants). La compagnie de milice Trinité/Sainte Marie compte officiellement 86 français (en 1660) qui vivaient dans une trentaine de maisons (cases).

depuis la plage de l’Anse Azérot qui faisait partie du quartier de la Rivière salée ,on trouvait d’après le recensement de 1671, cinq petites habitations en partant de la plage. Elles avaient toutes une largeur de 100 pas pour une hauteur de 1000 pas. Seule la propriété de Jacob Luis était équipée d’une sucrerie. On ne fait pas allusion à l’existence d’un four à chaux. Cependant, d’après le recensement général qui a été effectué en 1783 et qui fut publié par Ruz De Lavison en 1850, on trouvait deux fours à chaux à Sainte Marie. On peut penser que celui construit par le père Labat y figurait.

Les habitations de l’Anse Azérot ont beaucoup évolué. On a assisté à des remembrements. En 1770, d’après la carte de Moreau Du Temple, le site appartenait à un certain Decipre. On y trouvait une Habitation sucrerie.  L’anse Azérot devient au XIXème siècle la propriété de la famille Laguarigue De Survilliers (Jean baptiste et Jean François). Elle passe de main en main. Delan Laventure devient le gestionnaire puis le site devient la propriété des Domaines  Elle était composée de l’Anse Azérot 1 et l’Anse Azérot 2. L’anse Azérot 1 fut achetée par Joseph Paul gros Dubois et le père Toklard fit l’acquisition de l’Anse Azérot 2. Après la mort de Joseph Gros Dubois (il décéda le 8 Mars 1967) la propriété fut achetée par Mr De Lucy De fossarieu.

Le four à chaux de l’Anse Azérot est construit en pierre comme un entonnoir. Les pierres sont reliées entre elles par un mortier. Le fond se rétrécit vers la terre. L’intérieur est oval. Le four est construit sur un petit monticule ou sur un endroit élevé et aménagé qui permet d’atteindre le bord en hauteur pour charger le four sans utiliser d’échelle. On retrouve un système de marches plus ou moins circulaires. Le four à chaux ressemble à un moulin à vent. On construit le four souvent près d’un cours d’eau (rivière ou mer). Que ce soit à Fonds Saint Jacques ou à L’Anse Azérot, on retrouvait les deux éléments.

l’intérieur du four

Pour fabriquer de la chaux, on remplit le fond de l’entonnoir de bois sec. On entrepose dessus des buches de bois dur (raisinier, Boïs lézard, châtaignier, oranger). Plusieurs lits de buches sont entreposés avec en alternance une couche de matières calcaires (conques de lambis, madrépores, roches calcaires, …). Entre chacune des couches on plaçait des bandes de fer en les croisant.

Une ouverture située à la base du four permet l’allumage du four et la récupération de la chaux.
Cet équipement aurait pu servir au classement des différentes matières premières
Ce bâtiment a servi au stockage de la chaux
le four en pleine réhabilitation

Une ouverture située à la base du four permet l’allumage du four et la récupération de la chaux. La combustion dure plusieurs jours. Une fois le four éteint, on attend le refroidissement. On récupère la chaux vive et on stocke la marchandise à l’abri de la pluie. On obtient ensuite une chaux éteinte blanche après brassage et aspersion d’eau de mer puis séchage. La chaux est ensuite acheminée vers les habitations pour des usages divers.

Aujourd’hui la chaux n’est plus produite. Le quartier Californie au lamentin fut le dernier lieu de production. La chaux martiniquaise a été utilisée dans le blanchissement des cases créoles Son usage dans le bâtiment reste très faible (environ 3% de la production française), l’essentiel de la production est destiné aux industries sidérurgique et chimique. La production sert au chaulage des arbres attaqués par des parasites, à la désinfection des terres et de l’eau et également au marquage des terrains de sport !

 

Lerandy Luc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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